Déluge du Saguenay, ce que la solidarité a reconstruit

Par Alexis Aubin, Croix-Rouge canadienne

Dans la nuit du 19 au 20 juillet 1996, la pluie s’abat sans relâche sur le Saguenay–Lac-Saint-Jean. Les rivières montent et sortent de leur lit, tandis que les routes disparaissent une à une. À mesure que l’eau gagne du terrain, des quartiers entiers sont englouties sous les torrents.

Très vite, il ne s’agit plus seulement d’une inondation. Des milliers de personnes sont forcées de quitter leur maison dans l’urgence. Certaines n’emportent rien. D’autres tentent de sauver ce qui peut l’être, avant de comprendre qu’il faut partir rapidement.
La célèbre « petite maison blanche » de Chicoutimi, photographiée au plus fort du déluge du Saguenay en juillet 1996

Photo : Gilles Cusson, Le monde en image 

Au cœur de cette crise, la Croix-Rouge déploie une intervention sans précédent. À l’époque, il s’agit de la plus importante opération de son histoire au Québec. Sur le terrain, les bénévoles accueillent, orientent et écoutent. Ils distribuent des vêtements, organisent l’hébergement, aident des familles à se retrouver. Des gestes simples, répétés des centaines de fois, qui deviennent essentiels lorsque tout le reste manque.

Sans délai, des milliers de personnes sinistrées reçoivent de l’aide : près de 18 880 personnes, représentant plus de 9 600 familles, sont soutenues grâce à la mobilisation de quelque 1 700 bénévoles.

Au cours de la réponse, une réalité s’impose : même lorsque l’urgence immédiate s’apaise, rien n’est vraiment terminé. Quand l’eau se retire, elle laisse derrière elle bien plus que des dégâts matériels. Elle laisse des parcours à reconstruire.

L’intervention se transforme progressivement. Elle ne s’arrête pas avec la fermeture des centres d’hébergement. Elle se poursuit, autrement. La Croix-Rouge adapte ses actions, accompagne les personnes dans la durée et répond à des besoins qui évoluent avec le temps — retrouver un minimum de stabilité, reconstruire un chez-soi, reprendre pied.
Photo aérienne du quartier du Bassin à Chicoutimi, l’un des secteurs les plus durement touchés par le déluge du Saguenay en 1996.

Photo : Gilles Potvin, Le monde en image

Ce travail s’étendra sur 13 ans, avec une réponse qui s’ajustera au rythme des communautés elles-mêmes.

Avec le recul, c’est peut-être là que le déluge du Saguenay laisse sa trace la plus profonde. Non pas uniquement dans les images spectaculaires ou dans l’ampleur des pertes, mais dans ce qu’il a obligé à comprendre : une catastrophe ne se mesure pas seulement en jours ou en semaines. Elle s’inscrit dans des trajectoires humaines longues, parfois invisibles, faites d’allers-retours et de recommencements.

Trente ans plus tard, le déluge du Saguenay appartient à l'histoire, mais pas uniquement au passé. Il vit encore dans les souvenirs de celles et ceux qui l'ont traversé, et tout autant dans les façons d'intervenir qui en ont découlé. Ces inondations ont profondément transformé la préparation aux urgences, la formation des bénévoles, le travail avec les municipalités et l'organisation de l'aide. Aujourd'hui, chaque intervention déclenchée quelque part au Québec porte en elle une part de cette expérience.

Mais l'empreinte la plus durable n'est peut-être pas là. Elle tient dans ce que le Saguenay a montré, dans un moment de bascule : jusqu'où peut aller la solidarité, et tout ce qu'elle permet, peu à peu, de reconstruire.

Protégez-vous et votre famille avant, pendant et après le passage d’une inondation. En savoir plus sur les inondations.

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