À l’approche de l’ouragan Melissa dans les Caraïbes en octobre 2025, les communautés de la Jamaïque se sont préparées à faire face à une tempête potentiellement catastrophique.
Les gens ont placardé leurs fenêtres.
Vérifié l’état de leurs toits.
Observé le ciel.
Dans une maison située sur la côte, Theona, une bénévole de la Croix-Rouge de la Jamaïque, se tenait devant son congélateur.
Elle ignorait quelles seraient la gravité et la violence de la tempête qui s'annonçait, ou encore ses répercussions. Elle savait pourtant qu’elle risquait de perdre la nourriture qui se trouvait dans son congélateur.
Elle s’est donc mise à cuisiner.
Chaudron après chaudron. Repas après repas.Pas pour elle-même, mais pour les familles de son entourage.
Avant même que la tempête ait un nom, elle était déjà une invitée indésirable. Lorsqu’elle a été nommée Melissa, Theona a su que la situation était sérieuse.
C’est la partie des interventions d’urgence que la plupart des gens ne voient jamais : le leadership discret qui commence avant même l’arrivée d’une tempête.
Le lendemain matin, tout avait changé.
Lorsque l’ouragan Melissa a touché terre, la pluie s’est rapidement intensifiée.« L’eau est montée jusqu’ici », nous a plus tard raconté Theona en levant la main au-dessus de sa taille.
Les téléphones se sont mis à sonner et des gens sont venus frapper à sa porte.
« Theona, nous avons faim... qu’allons-nous faire? »
Même si sa maison avait été endommagée, Theona a bravé les eaux de crue pour venir en aide aux personnes qui avaient le plus désespérément besoin d'elle, dont une mère célibataire de cinq enfants dont la maison avait été entièrement détruite.
« Même si on ne sait pas ce qui se trouve sous l’eau, explique-t-elle, on n’a pas le choix d’avancer. »

Photo : Damien Naylor / Fédération internationale
Pour sa communauté, Theona n’est pas qu’une bénévole de la Croix‑Rouge.
C’est une mère.
Une voisine.
Une personne à qui les gens font confiance lorsque la situation est incertaine.
Et elle répond toujours présente.
« Peu importe qui vous étiez, tout le monde était dans la même situation. »
Le matin suivant la tempête, en voyant les débris éparpillés dans sa communauté, Theona a pris une grande inspiration et a dit quelque chose ce que bien des personnes touchées par la catastrophe ont dit :« Melissa n’a épargné personne. Riche ou pauvre, tout le monde était dans la même situation. »
Ce qui s’est passé ensuite, l’entraide entre voisines et voisins, la mobilisation des bénévoles locaux et l’arrivée d’un soutien international, continue de soutenir les communautés jamaïcaines dans leur processus de rétablissement.

Photo : Damien Naylor / Fédération internationale
Une résilience à toute épreuve passe par la solidarité
Lorsque les équipes du Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge sont arrivées pour appuyer l’intervention de la Croix-Rouge de la Jamaïque, elles ont constaté que les communautés touchées s’étaient déjà mobilisées pour commencer à reconstruire.Dans une clinique de santé où une partie du toit avait été emportée, le personnel nous a décrit comment il a été difficile, au lendemain de la catastrophe, de continuer à soigner les patientes et patients alors que leur propre domicile avait été endommagé.
« Nous avions déjà beaucoup à gérer chez nous, a expliqué un membre du personnel médical, et venir travailler ce jour‑là n’a pas été facile. » Mais à son arrivée à la clinique, des équipes de la Croix‑Rouge étaient déjà à l’œuvre, pelles et seaux à la main, pour déblayer les débris.
« Les voir travailler ainsi nous a motivés à nous mettre au travail et nous a donné l’élan nécessaire pour nous mettre au travail » raconte un autre membre du personnel.
Ensemble, les bénévoles, les travailleuses et travailleurs de la santé et les membres du voisinage ont réussi à remettre la clinique en état de fonctionner en seulement six jours.
Des bâches recouvraient toujours le toit et la lumière filtrait encore à travers les poutres brisées.
Mais la prestation des soins de santé avait repris et la communauté n'attendait plus. Elle allait de l'avant.
« On voyait que c’était sincère. »
Tout au long de notre séjour en Jamaïque, le message que nous avons entendu à maintes reprises était simple et puissant.
C’était un message de gratitude.
De la gratitude pour le voisinage.De la gratitude d’être en vie.
De la gratitude pour l’aide qui a été offerte avec respect et humilité et dans un esprit de collaboration.
Vancylee, une infirmière qui a offert des soins à des patientes et des patients au lendemain de la tempête, nous a confié avoir été profondément touchée par la compassion dont elle a été témoin.
« J’ai beaucoup apprécié l’amour, le soutien, la bienveillance et la compassion qu’on m’a témoignés, a‑t‑elle affirmé. « On voyait que c’était sincère. »
Et derrière cette gratitude se cachait une autre vérité :
Le rétablissement est plus efficace lorsqu’il est mené à l’échelle locale avec du soutien international
Les bénévoles locaux comme Theona connaissent bien leur communauté.Les équipes internationales, quant à elles, fournissent des outils, des ressources et une expertise technique pour les appuyer.
Et la générosité des donatrices et des donateurs rend tout cela possible.

Photo: Thaïs Martín Navas / Canadian Red Cross
Le pouvoir de la préparation
Avant que l’ouragan Melissa frappe la Jamaïque, des donatrices et donateurs au Canada avaient déjà répondu à l’appel à l’action.Pendant ce temps, sur le terrain, des équipes de la Croix‑Rouge de Jamaïque s’assuraient :
- que les bénévoles comme Theona recevaient la formation nécessaire;
- que des fournitures d’urgence étaient prêtes à être déployées, y compris des stocks fournis par le gouvernement du Canada;
- que les équipes seraient en mesure d’intervenir rapidement durant les premières heures critiques;
- que les familles savaient qu’elles n’étaient pas seules.

Photo : Damien Naylor / Fédération internationale
Dans des moments comme celui‑ci, la résilience n’a rien d’abstrait
C’est partager des repas faits maison, même quand il ne reste plus grand-chose dans le frigo.C’est traverser des eaux en crue pour venir en aide à quelqu’un dans le besoin.
C’est se présenter avec des pelles et des seaux en arborant un dossard rouge et un grand sourire.
La résilience se retrouve dans les mains abîmées du personnel humanitaire bienveillant qui choisit de participer à la reconstruction.
Elle est également portée par la générosité des personnes qui croient au pouvoir de l'entraide, même si elles sont à l'autre bout du monde.