En mars, j’ai passé une semaine à Chisasibi, une communauté crie située dans le nord du Québec. J’y étais dans le but de participer à un effort collaboratif inusité qui transforme la manière de répondre aux urgences médicales en terrain éloigné et hostile.
Imaginez une frappe aérienne dans une région touchée par un conflit, où le centre de traumatologie le plus proche est à des heures de route. Ou bien un accident de motoneige dans le fin fond de la toundra qui nécessite un transport aérien pour accéder à des soins d’urgence. Ou encore un astronaute qui ressent des douleurs thoraciques alors qu’il se trouve dans l’espace et n’a pas accès aux soins médicaux que requiert son état.
À première vue, ces scénarios paraissent n’avoir rien en commun. Mais en y regardant de plus près, on peut voir qu’ils soulèvent la même question : comment offrir des soins d’urgence dans des contextes où les ressources sont limitées, où il n’y a pas de spécialistes à proximité et où les décisions doivent être prises sans attendre?
Imaginez maintenant une technologie conçue exactement pour répondre à ce type de situation et pouvant être déployée autant dans les communautés nordiques isolées ou les régions touchées par une crise humanitaire que dans l’espace.
La Croix-Rouge canadienne collabore avec l’Agence spatiale canadienne
De cette vision est née une collaboration entre l’Agence spatiale canadienne et la Croix-Rouge canadienne. Ensemble, les deux organisations explorent des moyens d’adapter des technologies novatrices pour appuyer les interventions d’urgence en milieu éloigné.
L’un des projets étudiés dans le cadre de cette collaboration est le système Advanced Astronaut Medical Support (ADAMS), une technologie développée conjointement par Paratus Medical et l’Agence spatiale canadienne.
Conçu initialement pour aider les astronautes à gérer les urgences médicales lors de missions dans l’espace, ADAMS utilise l’intelligence artificielle (IA) pour traduire des procédures médicales complexes en une marche à suivre claire et adaptée aux situations stressantes.
À mesure qu’il évolue, cet outil révèle un potentiel allant bien au-delà de son utilisation dans l’espace.

La médecine spatiale appliquée dans les territoires cris éloignés de la Baie-James
Sur Terre, les urgences médicales qui surviennent dans les zones les plus reculées du territoire cri présentent des conditions étonnamment similaires à celles pour lesquelles le système ADAMS a été conçu : équipement limité, éloignement empêchant l’accès rapide à des soins avancés et urgence d’agir.
Tirant parti des relations établies avec le Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James, l’équipe de collaboration a mis à l’essai en mars 2025 une application sur tablette destinée aux interventions médicales de brousse à Whapmagoostui, au Québec. La première démonstration de faisabilité a donné des résultats clairement prometteurs, notamment en ce qui a trait à l’accessibilité des renseignements critiques et à la facilité d’utilisation de l’application comparativement aux documents papier habituels.
Encouragée par cette réussite, l’équipe s’est rapidement attelée à parfaire la plateforme, notamment en y intégrant une géolocalisation par satellite (GPS) précise et en améliorant les consignes visuelles et les recommandations fondées sur l’IA, tout en gardant à l’esprit les particularités de la prestation des soins en région éloignée.
Découvrir ce qui fonctionne, ensemble
En mars 2026, le projet est entré dans une nouvelle phase. Accompagnée par un autre membre du personnel de la Croix-Rouge canadienne, j’ai rejoint l’équipe de collaboration – formée de membres de Paratus Medical, du Conseil Cri de la santé et des services sociaux de la Baie-James et de l’Association des trappeurs cris, ainsi que de médecins, infirmières et infirmiers de Chisasibi – qui travaillait sur une nouvelle version de l’application adaptée aux besoins des pour trappeurs cris en menant des simulations pratiques et réalistes.

L’une des leçons les plus marquantes que nous avons tirées du projet est aussi la plus évidente : parfois, la simplicité est d’or. En effet, une solution n’a pas nécessairement besoin d’être ultrasophistiquée pour avoir un effet transformateur, et une conception réfléchie qui tient compte des considérations culturelles et de la facilité d’utilisation peut se révéler bien plus efficace qu’une solution hautement technologique.

L’information recueillie lors des simulations sert au développement de la version finale de l’outil, afin que sa mise en œuvre réponde aux besoins des interventions d’urgence dans les communautés cries isolées.
Au-delà de la technologie
Ce que je retiens de ce projet n’est pas seulement la technologie élaborée, mais aussi la collaboration qui l’a rendue possible.Notre groupe hétéroclite, qui rassemblait des gens des secteurs de l’aérospatiale, de l’intervention humanitaire, de l’ingénierie et de la médecine, mais aussi des leaders autochtones et des habitants et habitantes des terres cries, nous rappelle sans équivoque que ce qui nous unit est plus puissant que ce qui nous distingue.
La synergie créée par un partage d’idées et la résolution de problèmes fondée sur des perspectives si différentes a permis d’élaborer un outil beaucoup plus pertinent et fonctionnel que ce qu’une organisation aurait pu concevoir seule.
Les essais sur le terrain ont inspiré un sentiment d’espoir partagé et durable quant à l’utilisation de ce nouvel outil pour sauver des vies. Au bout du compte, que nous soyons en orbite autour de la Terre ou sous un ciel éclairé par des aurores boréales, il ne faut jamais oublier que les difficultés que nous rencontrons et l’humanité qui nous pousse à les résoudre sont étroitement liées.