Ouragans plus puissants, risques accrus : Comment atténuer les effets des catastrophes climatiques sur les populations vulnérables

Par Alexis Aubin, Expert en communications à la Croix-Rouge canadienne

En Jamaïque, à Cuba et dans toute la région centrale des Caraïbes, les pluies torrentielles provoquées par l’ouragan Melissa ont déclenché des crues éclair et des glissements de terrain menaçant des vies, les moyens de subsistance et les infrastructures essentielles telles que les écoles et les centres de santé. 

Débris d'un bâtiment touché par l'ouragan Melissa.
Photo : Lauren Sabin / Fédération internationale

Le passage de l’ouragan Melissa, l’un des plus puissant jamais enregistrés dans l’océan Atlantique, rappelle une réalité inquiétante : les changements climatiques intensifient la force et la durée des tempêtes tropicales et, par le fait même, accentuent les disparités socio-économiques en affectant davantage les populations les plus vulnérables.
 

Pourquoi les ouragans deviennent plus destructeurs

Les cyclones tropicaux sont classés selon l’échelle de Saffir-Simpson qui se base sur la vitesse des vents. Un cyclone devient un ouragan à partir de 119 km/h et se divise en cinq catégories. Les ouragans de catégorie 3 à 5, dont les vents dépassent 178 km/h et peuvent atteindre plus de 252 km/h, sont considérés comme
« majeurs ». Ils provoquent des destructions sévères, voire des ravages catastrophiques.

Pour en apprendre davantage sur les ouragans au Canada, vous pouvez consulter la foire aux questions du Centre canadien des ouragans.

Alors que les océans se réchauffent, ils fournissent davantage d’énergie aux ouragans, augmentant la vitesse des vents et la quantité de pluie. À cela s’ajoute la hausse du niveau de la mer qui aggrave les inondations causées par les tempêtes.

Selon un rapport du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (en anglais seulement), la proportion de cyclones tropicaux atteignant les catégories quatre et cinq pourrait augmenter d'environ 10 % si la hausse de la température mondiale se limite à 1,5 °C et jusqu’à 20 % si cette même hausse atteignait 4 °C.
 

Quand les catastrophes amplifient les inégalités

Les effets de ces ouragans ne sont pas ressentis de manière égale par l’ensemble des populations qu’ils affectent. En effet, chaque catastrophe tend à amplifier les inégalités déjà présentes. Dans une même municipalité, les conséquences peuvent varier grandement selon les revenues, la qualité de fabrication des logements et l’accès aux services essentiels. 

Une famille dirigée par un femme seule, avec plusieurs enfants à charge, représente une réalité fréquente en Jamaïque. Selon un rapport de 2022 du Fonds des Nations Unies pour l’enfance (en anglais seulement), 52,7 % des ménages sont dirigée par des femmes. 

Lorsqu’une telle famille vit dans un secteur à risque, comme une zone inondable, elle est plus susceptible de subir des dommages comme des toitures arrachées, des murs effondrés ou la perte des moyens de subsistance comme les élevages. Avec seulement environ 20 % de la population assurée en Jamaïque, les ménages à faibles revenus peinent à se relever — un cercle vicieux qui creuse encore davantage les écarts. 

Personnel de la Croix-Rouge jamaïcaine devant des débris de l'ouragan Melissa.
Photo : Clarisse Smitas / Fédération internationale

Ces risques varient aussi selon l’âge, l’identité de genre, la capacité physique, la situation géographique et bien d’autres facteurs qui peuvent influencer la manière dont une personne est affectée par un évènement climatique, mais aussi influer sur la manière dont elle réagit et se rétablit. 

Pour répondre à ces réalités, la Croix-Rouge intègre systématiquement les questions de Protection, de Genre et d’Inclusion (PGI) dans ses opérations, afin d’adapter l’aide aux besoins spécifiques de chaque groupe et de garantir une réponse équitable.

« Investir dans les mesures de préparation et les initiatives menées localement nous permet de cerner à l’avance les personnes les plus vulnérables et de déterminer la meilleure façon de communiquer avec elles et de les mobiliser afin que personne ne soit laissé pour compte », explique Marianna Kuttothara, responsable régionale, Santé, catastrophes, climat et crises pour la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, région des Amériques.


Anticiper les catastrophes pour mitiger leur impact

Cette approche locale est appuyée par des mécanismes de financement anticipatif. Le Fonds d'urgence pour les réponses aux catastrophes de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge (IFRC-DREF), soutenu notamment par le gouvernement du Canada et la Croix-Rouge canadienne, permet d’agir avant qu’une catastrophe ne se produise.

« Le Fonds d’urgence pour les réponses aux catastrophes (DREF) comporte un volet consacré aux mesures préventives qui vise à sauver davantage de vies et à réduire l’impact des catastrophes en finançant des activités de préparation », précise Marianna.

Personnel de la Croix-Rouge jamaïcaine chargeant des fournitures humanitaires.
Photo : Damien Fulton Naylor / Fédération internationale

Dans le cas de l’ouragan Melissa, cette approche a permis à la Croix-Rouge cubaine et à la Croix-Rouge jamaïcaine de prépositionner des abris, des vivres et du matériel de secours, et de soutenir les évacuations préventives, réduisant ainsi les pertes humaines.

La Croix-Rouge cubaine avait aussi renforcé ses capacités en protection, genre et inclusion durant la phase préparatoire de mai 2025, en adoptant des politiques de prévention de l'exploitation et des abus sexuels et en offrant une formation spécialisée à son personnel et à ses volontaires. 
 

Répondre et reconstruire autrement

Après la tempête, il faut assurer la réponse aux besoins les plus urgents de manière inclusive, durable et équitable. La participation active des communautés affectées demeure au cœur de cette approche : « La mobilisation et la responsabilisation des communautés sont intégrées à chaque étape des interventions afin que les besoins et les commentaires des personnes touchées puissent orienter et bonifier ces interventions », ajoute Marianna.

La Croix-Rouge veille à ce que chaque phase de l’intervention tienne compte des besoins spécifiques des personnes touchées. Cela passe, par exemple, par la distribution de kits d’hygiène menstruelle ou la distribution de lampes solaires pour réduire les risques de violence dans les zones sans électricité. Elle inclue aussi des programmes d’aide financière pour permettre aux individues et familles avec les plus grands besoins de choisir elles-mêmes leurs priorités.

C’est en ciblant précisément ces besoins — avant, pendant et après les catastrophes — que l’on peut atténuer les effets des changements climatiques sur les populations en situation de plus grande vulnérabilité et éviter que les ouragans, devenus plus puissants, ne creusent davantage les inégalités qu’ils exposent déjà.

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