De la salle de classe à la tente : les conséquences du passage de l’ouragan Melissa en Jamaïque

Par Thaïs Martín Navas, Croix-Rouge canadienne

En tant que maman de trois enfants d’âge scolaire, je suis habituée au rythme rassurant de mes tâches quotidiennes, comme de préparer leurs repas, de vérifier leurs devoirs et d’écouter les dernières histoires de la cour de récréation. Il s’agit d’une routine qui apporte un sentiment de stabilité et que je tiens pratiquement pour acquise. 

Les choses étaient cependant différentes en Jamaïque, lorsque je me suis rendue dans une école primaire de l’île en janvier dernier, à peine plus de deux mois après que l’ouragan Melissa a touché terre en octobre 2025.

À ce moment-là, je me trouvais dans ce pays dans le cadre d’un déploiement d’un mois au sein de l’équipe de la clinique médicale d’urgence dirigée par la Croix-Rouge canadienne, dont la mission était d’appuyer l’offre de services cliniques aux côtés des équipes de santé locales. 

L’école que j’ai eu l’occasion de visiter était située à proximité de l’un des centres de santé dans lequel nous exercions nos activités. Étant donné que de nombreux enfants venaient se faire soigner à la clinique, j’ai voulu savoir si cette école avait été touchée par l’ouragan et si elle avait pu rouvrir ses portes. À mon arrivée dans l’établissement, j’ai pu discuter avec une personne membre de la direction qui a accepté de me faire visiter les lieux afin de me montrer les conséquences de la tempête sur les élèves, le personnel enseignant et la vie scolaire. 

Même si le volet éducatif ne faisait pas partie de notre mandat, il était impossible d’ignorer le lien étroit qui s’était créé entre la santé et le bien-être des enfants et leur accès à l’apprentissage après le passage de la tempête. Les membres de la communauté étaient clairement déterminés à reconstruire l’école et à offrir une nouvelle stabilité aux jeunes.

Des chaises et des pupitres sont entassés dehors après le passage de l’ouragan Melissa.
Photo : Thaïs Martín Navas, Croix-Rouge canadienne


Un milieu scolaire transformé par le passage de l’ouragan Melissa

Avant la tempête, c’était une école comme les autres. « Les cours commençaient à 8 h 30 et se terminaient à 15 h. Tout était parfaitement normal », a indiqué la personne responsable de l’établissement. L’école accueillait plus de 170 enfants chaque jour, les salles de classe étaient remplies d’élèves et nous avions une routine bien établie.

Puis, l’ouragan Melissa a touché terre. 

Qualifié de « monstre » par la personne membre de la direction, Melissa est le pire ouragan de l’histoire de l’île. Lorsque je suis arrivée à l’école ce jour-là, le bâtiment n’était plus qu’une coquille vide. Les toitures avaient été arrachées, les murs intérieurs étaient visibles, les installations sanitaires étaient endommagées et les câbles électriques étaient coupés. 

L'ouragan Melissa a endommagé cette école primaire en Jamaïque en octobre 2025. Lorsque cette vidéo a été tournée deux mois plus tard, les cours avaient repris sous des tentes temporaires.

Les manguiers, les cocotiers et les pommiers qui protégeaient la cour d’école des rayons du soleil avaient disparu. En visitant le bâtiment en ruine, j’ai pu filmer des salles de classe jonchées de débris et exposées aux éléments. Il était difficile de ne pas imaginer des enfants assis à leurs pupitres à peine quelques mois auparavant. 

Et pourtant, les cours ont repris, même s’ils se déroulent un peu différemment.


Un apprentissage qui se poursuit dans des salles de classe temporaires

Les cours étaient dispensés sous des tentes à haute performance et durables distribuée par le Fonds des Nations unies pour l’enfance (UNICEF). Chaque tente était divisée en deux salles de classe de fortune. L’espace était limité et bruyant. Il a fallu adapter les activités qui se donnaient régulièrement en classe, sinon les mettre de côté. 

Étant donné que toutes les salles de classe ne pouvaient pas être fonctionnelles au même moment, les élèves étaient présents en classe seulement quelques jours par semaine et devaient poursuivre leur apprentissage à la maison les jours suivants.

Ces perturbations ne se sont pas limitées au cadre scolaire. Avant le retour en classe, plusieurs enfants avaient passé plus de deux mois sans étudier. En effet, certaines familles avaient dû quitter leur foyer pour vivre avec des proches ou s’installer dans des lieux d’hébergement temporaire. D’autres enfants n’étaient pas du tout retournés à l’école.

La réouverture de l’école ne signifiait pas seulement la reprise des cours. Pour bon nombre d’élèves, le retour en classe (même une classe temporaire) était un moyen de reprendre leurs habitudes, de tisser des liens avec leurs camarades et de retrouver un sentiment de stabilité.

Deux tentes temporaires abritant des salles de classe devant une école endommagée.
Photo : Thaïs Martín Navas, Croix-Rouge canadienne


À leur retour, les élèves étaient envahis par l’émotion. « Certains n’avaient pas le moral, tandis que d’autres étaient en larmes », se rappelle notre contact au sein de la direction en repensant à ces premiers jours. En tant que maman, cela m’a particulièrement touchée. Je pouvais facilement imaginer mes enfants essayant de lire ou de se concentrer sur leurs leçons de mathématiques malgré la peur, le deuil ou l’incertitude.

Au fil du temps, plusieurs élèves ont retrouvé un sentiment de normalité et de stabilité. « Aujourd’hui, les enfants ont retrouvé leur joie de vivre et ils sont impatients de suivre leurs cours », déclare notre contact.


Un site d’enseignement temporaire qui comporte son lot de difficultés

Malgré la reprise des cours, le milieu d’apprentissage présentait des défis pratiques. Comme les tentes étaient divisées en espaces communs et que les installations étaient plutôt modestes, il n’était pas toujours facile de maintenir des conditions favorables à l’apprentissage. 

En l’absence de la cantine scolaire, qui servait des repas chauds, on a demandé aux familles de préparer des repas pour que leurs enfants puissent manger à l’école, mais ce n’était pas toujours possible.

Sans électricité, de nombreux ménages n’étaient pas en mesure de réfrigérer leurs vivres ni d’entreposer les aliments périssables de manière sécuritaire. Il leur était donc impossible de cuisiner les repas à l’avance. Outre la pression financière causée par le passage de l’ouragan, les familles ont également dû s’adapter à de nouvelles réalités.

Tous les jours dans les salles de classe, le personnel enseignant devait trouver de nouveaux moyens de maintenir la motivation des élèves tout en donnant les cours dans des conditions difficiles. Les tentes communes avaient un petit nombre de toilettes sans grande intimité, ce qui créait des obstacles supplémentaires pour le personnel enseignant et les élèves.  

Tous les jours dans les salles de classe, le personnel enseignant devait trouver de nouveaux moyens de maintenir la motivation des élèves tout en donnant les cours dans des conditions difficiles. Les tentes communes avaient un petit nombre de toilettes sans grande intimité, ce qui créait des obstacles supplémentaires pour le personnel enseignant et les élèves.

Bien qu’ils aient été durement touchés par le passage de l’ouragan, les enseignantes et les enseignants ont tout de même continué à offrir du soutien à leurs élèves. « Deux membres de notre personnel sont actuellement sans domicile fixe », a indiqué la personne membre de la direction.


Une communauté qui encourage la poursuite des activités scolaires

En dehors de l’école, la vie quotidienne demeurait complexe. Plusieurs mois après la catastrophe, les membres de la communauté ne disposaient toujours pas d’un accès fiable à de l’eau potable, à l’électricité ou à une connexion Internet. Chaque jour, l’eau qui était transportée par des camions et conservée dans des réservoirs devait également répondre aux besoins des communautés environnantes. 

Et pourtant, ce ne sont pas toutes ces pertes qui m’ont le plus marquée. C’est la détermination de la communauté à continuer coûte que coûte.

« Les parents et les élèves sont très reconnaissants de voir que nous faisons tout notre possible pour que les enfants poursuivent leur apprentissage même si le bâtiment a été détruit », m’a indiqué la personne membre de la direction.

Une école endommagée et sans toiture ainsi que des murs colorés sur lesquels des chiffres, des lettres et des personnages de dessins animés ont été peints.
Photo: Thaïs Martín Navas, Croix-Rouge canadienne

En circulant sur le site temporaire de l’école, j’ai pu voir cette détermination de mes propres yeux : des enfants assis sous des tentes en toile étudiaient attentivement leurs leçons, des membres du personnel enseignant donnaient leurs cours malgré le bruit et les contraintes d’espace et tout le monde était déterminé à ce que les classes se poursuivent malgré les circonstances.

Les travaux de reconstruction sont en cours et des efforts sont déployés pour renforcer la structure des pavillons de l’école et remplacer les toitures par des matériaux plus durables. Dans les autres communautés touchées de la Jamaïque, les activités de rétablissement se poursuivent également. Cependant, la date de fin des travaux demeure incertaine. Entre-temps, les cours se donnent dans des salles de classe temporaires.

J’ai continué à penser à cette expérience bien après mon départ de l’île. Elle m’a permis de ne plus tenir certaines choses pour acquises et de savoir que les écoles, les salles de classe et le rythme de la vie scolaire pouvaient disparaître du jour au lendemain. 

Dans cette communauté, cette certitude n’existe plus. Mais il reste quelque chose qui ne disparaîtra peut-être jamais : la détermination de reconstruire, d’enseigner et d’apprendre, quelles que soient les circonstances.

À l’occasion du Mois de l’enfant, cette période consacrée à honorer et à soutenir les enfants que la Jamaïque célèbre en mai, les efforts de cette communauté rappellent avec force que, même après avoir perdu son école, on peut continuer d’apprendre si quelqu’un nous offre de l’aide et un endroit pour le faire.

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