Au cours de la dernière année, je me suis rendue à trois reprises au Moyen-Orient : deux fois pour visiter Israël et les territoires palestiniens occupés et, plus récemment, en janvier dernier, je suis allée au Liban, en Jordanie et en Syrie.
Depuis de nombreuses années, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge de cette région du monde doivent faire face aux conséquences de crises humanitaires simultanées. Pourtant, chaque fois que je m’y rends, je suis frappée par le dévouement et le professionnalisme des membres des équipes locales de nos Sociétés sœurs.
Malgré tous les défis, dont certains touchent directement ces organisations, aucune n’hésite à respecter son engagement à venir en aide aux populations.
La reconstruction commence en Syrie
C’était ma première visite en Syrie depuis 2022. À l’époque, le pays était aux prises avec un conflit qui durait depuis plus de dix ans. Malgré des flambées de violence dans certaines parties du pays, la Syrie a considérablement changé. Le nouveau gouvernement, en place depuis la fin de 2024, a apporté une certaine stabilité pour de nombreuses personnes en Syrie. Pour la première fois en 14 ans, Alep, une ville du nord du pays, a récemment bénéficié de 24 heures consécutives d’électricité. Des villes qui avaient vu presque toute leur population partir au plus fort du conflit ont retrouvé des résidents et résidentes. Toutefois, le conflit et les épisodes intermittents de violence continuent de bouleverser la vie d’un grand nombre de personnes.
Le Croissant-Rouge arabe syrien continue d’offrir du soutien
Dans ce contexte, le Croissant‑Rouge arabe syrien doit revoir ses priorités et se livrer à un exercice d’introspection. Lors d’une rencontre avec des membres de la haute direction de l’organisation, le président, Dr Hazem Bakleh, m’a confié qu’« après 15 ans de guerre, le Croissant-Rouge arabe syrien est épuisé ». La Société nationale, qui compte plus de 11 000 bénévoles, a passé les 15 dernières années à répondre aux conséquences d’un conflit dévastateur caractérisé par un mépris choquant des règles de la guerre et par le déplacement de plus de 12 millions de personnes.
Photo : Stephanie Murphy / Croix-Rouge canadienne
Les équipes du Croissant-Rouge arabe syrien continuent de faire face à d’immenses défis, notamment en raison des infrastructures endommagées partout au pays, de l’insécurité, de la violence persistante et du manque de ressources. La Syrie, vulnérable aux catastrophes naturelles, a également subi les effets dévastateurs du tremblement de terre de 2023 qui ont entraîné une hausse des besoins humanitaires. L’été dernier, les équipes du Croissant-Rouge arabe syrien ont soutenu les personnes éprouvées par les feux de forêt à Lattaquié, une province du nord-ouest du pays, tout en aidant les populations plus au sud touchées par une escalade des hostilités.
L’organisation se projette maintenant vers l’avenir afin de déterminer comment offrir le meilleur soutien possible aux personnes qui tentent de se relever après tant d’années de conflit. Près de 1 000 familles sont revenues à Al-Huweija, un village de la région rurale de Hama, après avoir été déplacées pendant de nombreuses années.
Le village avait été presque entièrement détruit et ne disposait plus des logements et des infrastructures de base nécessaires pour répondre aux besoins de ces familles. Le Croissant-Rouge arabe syrien a travaillé en étroite collaboration avec la communauté pour déterminer ses besoins, lui fournir un accès à de l’eau propre et potable, mettre en place une clinique mobile et contribuer à la réhabilitation de l’école.
Un accès à des soins de santé abordables en Syrie
Lors de ma visite, j’ai eu l’occasion de me rendre dans la région rurale de Damas, à l’hôpital Al Zahera où le Croissant-Rouge arabe syrien contribue au financement de services de santé abordables pour des personnes qui, autrement, n’y auraient peut-être pas accès. La Croix-Rouge canadienne a soutenu les services d’obstétrique, de pédiatrie et de médecine interne de l’hôpital.Pendant ma visite, j’ai rencontré Marah, un bébé né plus tôt dans la journée. L’hôpital Al Zahera n’est qu’un établissement parmi les autres hôpitaux, cliniques mobiles et centres de soins de santé primaires appuyés par le Croissant-Rouge arabe syrien afin de veiller à ce que la population, partout au pays, puisse accéder à des soins, au besoin.

Photo : Stephanie Murphy, Croix-Rouge canadienne
J’ai également visité le centre de soins de santé primaires Sayeda Zainab, juste à l’extérieur de la ville de Damas. Ce centre reçoit environ 250 personnes par jour et offre des services de soins de santé primaires essentiels, notamment en médecine interne, en pédiatrie, en gynécologie, en orthopédie et en santé mentale.
Le centre dessert une vaste région qui accueille de nombreuses personnes déplacées à l’intérieur du pays. Comme l’hôpital Al Zahera, le centre Sayeda Zainab contribue à rendre les services de santé accessibles et à offrir des soins de qualité. On y traite des affections chroniques courantes, comme le diabète et l’hypertension, et on y effectue également des dépistages du cancer en plus d’offrir des soins dentaires. En période de conflit, bien que les besoins de santé urgents aient tendance à être prioritaires, ce type de soins est également essentiel au maintien de la santé globale de la population.

Photo : Stephanie Murphy, Croix-Rouge canadienne
Le Croissant-Rouge arabe syrien se distingue par son travail ancré dans les communautés. Ses bénévoles locaux connaissent et comprennent les communautés au sein desquelles ils travaillent, un élément essentiel pour les aider à se relever. Au cours des 15 dernières années, les bénévoles ont eux-mêmes été touchés par le conflit et comprennent les besoins qui en découlent. Maintenant que la population syrienne tente d’aller de l’avant, l’expérience, le dévouement et la connaissance du terrain du Croissant-Rouge arabe syrien sont plus que jamais nécessaires.
Des services essentiels de santé et d’intervention d’urgence au Liban
De l’autre côté de la frontière, au Liban, la Croix-Rouge libanaise vit une situation similaire. Le pays traverse une crise humanitaire complexe, et l’organisation humanitaire n’a jamais faibli dans son engagement à offrir des services essentiels à la population.L’escalade du conflit à l’automne 2024 et les épisodes intermittents de violence n’ont fait qu’aggraver la situation humanitaire au Liban, dont la population doit composer avec l’effondrement économique, l’instabilité politique et les répercussions persistantes de l’explosion au port de Beyrouth en 2020.
La Croix-Rouge canadienne collabore depuis longtemps avec la Croix-Rouge libanaise et soutient son travail. Lorsque la population du Liban a besoin d’aide humanitaire, la Croix-Rouge libanaise est la mieux placée pour offrir du soutien. Georges Kettaneh, secrétaire général de la Croix-Rouge libanaise, m’a confié lors d’une rencontre que les membres de ses équipes partagent « un langage commun avec les communautés locales. » La Croix-Rouge libanaise, qui compte plus de 12 000 bénévoles, bénéficie de la confiance de la population à travers tout le pays.
Cet article de blogue a été écrit avant la plus récente escalade du conflit au Moyen-Orient, qui a encore aggravé la crise humanitaire qui sévit au Liban. Pour en apprendre davantage sur les interventions menées par la Croix-Rouge libanaise, consultez la page sur le Liban.
Les centres de soins de santé au Liban bénéficient de l’appui de la Croix-Rouge
Dans le cadre de son soutien essentiel, la Croix-Rouge libanaise offre un accès à des soins de santé primaires dans des centres prévus à cet effet et dans des unités médicales mobiles. À Jal el Dib, tout près de Beyrouth, j’ai eu l’occasion de visiter l’un des 37 centres de ce type gérés par la Croix-Rouge libanaise. Ces centres offrent tous les services de santé de base dont une personne ou une famille peut avoir besoin pour rester en bonne santé : consultations, services de santé sexuelle et reproductive, vaccinations, médicaments d’ordonnance et soutien en santé mentale.
Photo : Stephanie Murphy, Croix-Rouge canadienne
Hassan Saad, directeur à la Croix-Rouge libanaise, nous explique que l’effondrement économique du Liban a poussé un plus grand nombre de personnes à fréquenter les centres. Entre 2024 et 2025, le nombre de visites est passé de 369 000 à 422 000, démontrant à quel point l’accès à des soins de santé abordables demeure essentiel. La Croix-Rouge canadienne est fière de soutenir cinq de ces centres.
J’ai également discuté avec la travailleuse sociale Marie-Hélène El Asmar, qui supervise les programmes de santé mentale offerts au centre. Marie-Hélène et son équipe offrent des services en santé mentale et mènent aussi des activités de sensibilisation dans les écoles locales. Ce jour-là, elle avait donné une présentation dans une école sur la grippe et sur les façons dont les enfants peuvent se protéger. Le centre comprend un espace adapté aux enfants et qui offre un environnement sécuritaire aux jeunes touchés par le conflit en cours, afin de les aider à mieux exprimer leurs émotions pendant cette période difficile.

Photo : Stephanie Murphy / Croix-Rouge canadienne
Des services médicaux d’urgence soutenus par la Croix-Rouge libanaise
J’ai ensuite eu l’occasion de visiter le principal centre de répartition des services médicaux d’urgence de la Croix-Rouge libanaise, situé à Hazmieh. Les répartiteurs et répartitrices y reçoivent les appels requérant des ambulances pour offrir des soins préhospitaliers et des soins de base, effectuer des transferts, intervenir en situation de crise et participer aux opérations de recherche et de sauvetage. Je suis arrivée vers 16 h 30, et l’équipe avait déjà reçu près de 1 000 appels depuis le début de la journée. Les répartiteurs et répartitrices sont également bénévoles comme intervenants et intervenantes en services médicaux d’urgence, ce qui leur permet de conserver un lien étroit avec les communautés qui bénéficient de leurs services.

Photo : Stephanie Murphy / Croix-Rouge canadienne
Les services médicaux d’urgence sont essentiels en tout temps, mais prennent une importance particulière en temps de crise. Après l’explosion à Beyrouth en 2020, les équipes des services médicaux d’urgence de la Croix-Rouge libanaise ont aidé 2 600 personnes dans les 48 premières heures. Lors de l’escalade du conflit à l’automne 2024, les équipes de recherche et de sauvetage ont joué un rôle crucial pour secourir des personnes piégées dans les décombres à la suite des frappes aériennes.
D’ailleurs, plus tôt dans la journée, j’avais entendu l’histoire d’un homme dans le sud du Liban qui a perdu sa femme et sa fille lors de l’escalade du conflit, mais qui a été sauvé des décombres de sa maison par une équipe de recherche et de sauvetage de la Croix-Rouge libanaise.
Au centre de soins de santé primaires comme au centre de répartition des services médicaux d’urgence, j’ai aussi entendu parler de l’esprit d’amélioration continue qui anime la Croix-Rouge libanaise. En plus d’avoir la confiance et l’acceptation des communautés, les intervenantes et intervenants locaux, comme ceux de la Croix-Rouge libanaise, sont imputables envers la population. L’organisation recueille entre autres des informations grâce à des sondages et à d’autres mécanismes de rétroaction, et utilise les commentaires obtenus pour orienter les améliorations à apporter.
La Croix-Rouge libanaise travaille à renforcer ses capacités de recherche et de sauvetage, qui se sont révélées essentielles lors de l’escalade du conflit à l’automne 2024. Elle a déployé des unités médicales mobiles dans les zones touchées par le conflit, notamment pour y acheminer des médicaments destinés au traitement des maladies chroniques, afin de ne pas priver les personnes qui en souffrent de soins essentiels. Les équipes continuent d’être présentes chaque jour, même si leurs membres sont eux-mêmes touchés par les conséquences du conflit et par d’autres difficultés.
Au cœur du soutien local
Lorsque la Croix-Rouge canadienne contribue à une intervention d’urgence à l’international, elle le fait toujours à la demande de la Société nationale locale. Tout comme les équipes du Croissant-Rouge arabe syrien, de la Croix-Rouge libanaise et de la Croix-Rouge canadienne ici au pays, les employés, employées et bénévoles des Sociétés nationales consacrent leur temps et leur énergie à aider leur communauté à traverser de difficiles épreuves. La Croix-Rouge libanaise et le Croissant-Rouge jordanien, dont j’ai également rencontré brièvement des représentantes et des représentants lors de mon voyage, ont élargi leur champ d’action pour intervenir en réponse à d’autres crises qui frappent la région. Leur connaissance régionale est essentielle pour répondre à des crises humanitaires simultanées. Le Croissant-Rouge jordanien contribue à la coordination de l’aide humanitaire à destination de Gaza et soutient les Palestiniennes et Palestiniens déplacés qui se sont installés en Jordanie. La Croix-Rouge libanaise, quant à elle, a une longue histoire de soutien aux personnes déplacées au Liban et continue d’offrir une aide vitale à celles qui arrivent des pays voisins.
En tant que partenaire international, la Croix-Rouge canadienne ne prend jamais le contrôle : elle appuie plutôt les équipes locales dans leurs interventions et renforce ce soutien, au besoin. Le dévouement des équipes locales est au cœur de tout ce que nous faisons.
Pour en savoir plus sur notre travail à travers le monde, consultez : Coopération internationale | Croix-Rouge canadienne.