Le prix Kroum Pindoff 2021 décerné à Jules Zanré pour son engagement en faveur de la santé des femmes et des enfants au Mali

Ce Montréalais originaire du Burkina Faso a consacré les dix dernières années à faire progresser l’accès aux soins pour les mères, les nouveau-nés et les enfants dans plusieurs communautés rurales des régions de Sikasso et de Koulikoro au Mali.

« Quand le chef du village, un homme de 82 ans, prit la parole, j’ai vu qu’il pleurait. Je lui ai proposé de faire une pause, mais il a tenu à nous expliquer pourquoi il était ému de nous recevoir à Dioni. Il nous raconta qu’avant l’intervention de la Croix-Rouge, il enterrait, durant chaque saison des pluies, au moins un enfant de moins de 5 ans par semaine à cause du paludisme. Depuis le début du projet de la Croix-Rouge et la présence d’un agent de santé communautaire dans le village, la mortalité infantile avait tellement diminué que, cette année-là, la moitié du cimetière avait été utilisée comme champ de culture. »

Ce sont les rencontres et les témoignages comme celui-ci qui poussent Jules Zanré à s’investir depuis près de dix ans dans les projets de la Croix-Rouge canadienne au Mali : « On répond directement aux besoins des populations et on obtient ainsi, rapidement, des résultats concrets », explique-t-il.

Une vie dédiée à l’enseignement des bons réflexes en matière de santé
Médecin de formation et spécialiste de la santé publique, Jules Zanré a travaillé pour les plus grandes institutions internationales (l’Organisation mondiale de la Santé, le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés, l’Entraide Universitaire Mondiale du Canada ou encore Action contre la Faim) au profit de l’amélioration des conditions de santé du Burkina Faso (son pays d’origine) au Mali, en passant par la République démocratique du Congo et le Burundi.Jules Zanré porte une chemise de la Croix-Rouge en souriant à la caméra

Puis, Jules a eu envie de rejoindre la Croix-Rouge canadienne pour s’investir sur des projets de santé et de développement grâce auxquels il pourrait voir les résultats concrets de ses actions dans les communautés visées. Depuis 2012, d’abord à titre de délégué santé puis de représentant de la Croix-Rouge canadienne au Mali et en République démocratique du Congo, Jules a dirigé deux des plus importants projets de développement de l’organisation au Mali : améliorer la santé des mères, des nouveau-nés et des enfants (SMNE) en sensibilisant les communautés et en fournissant aux collectivités l’équipement, les médicaments et la formation dont elles ont grand besoin. Ces deux projets ont été entrepris avec le soutien financier du gouvernement du Canada, par l'intermédiaire d'Affaires mondiales Canada. Il a aussi coordonné deux autres projets des sociétés nationales de la Croix-Rouge du Mali et de la République Démocratique du Congo pour le renforcement des capacités à la préparation et à la réponse aux urgences.

« Conjointement avec la Croix-Rouge malienne à travers son vaste réseau de bénévoles, les services déconcentrés du ministère de la santé et les organisations communautaires, nous avons réussi à changer les mentalités dans 758 communautés pour que, dès qu’il y a une situation d’urgence, le réflexe soit d’envoyer tout de suite la personne au centre de santé le plus proche », se félicite Jules qui détaille les trois freins que le projet a contribué à lever. « Premièrement, il a fallu convaincre les hommes de donner un peu de leur pouvoir de décision aux femmes afin qu’elles puissent prendre l’initiative de se rendre elles-mêmes dans un centre de santé ou d’y accompagner leur enfant. Ensuite, nous avons encouragé les communautés à s’organiser pour mettre en place un système de transport d’urgence qui permettrait d’acheminer rapidement les malades vers ces centres. Enfin, la Croix-Rouge a équipé, fourni en médicaments et formé le personnel de 130 établissements de santé et 441 agents de santé communautaires à travers les 6 districts d’intervention du projet pour permettre une prise en charge efficace des mères, des enfants de moins de 5 ans et des nouveau-nés. »

Au bout de deux ans seulement, les résultats sont éloquents : grâce à une plus grande autonomie des femmes et aux plus de 260 systèmes de transport d’urgence mis en place par les communautés, 95 % des cas d’urgence arrivaient dans un centre de santé dans l’heure, réduisant véritablement la mortalité infantile et maternelle dans ces régions.

L’altruisme en héritage
Le gout de venir en aide aux personnes qui en ont besoin, Jules le tient en grande partie de son père, bienfaiteur de leur village burkinabé. D’abord poussé vers une carrière de pilote, Jules se ravise : « Je ne pouvais pas faire des études de pilote alors que la plupart des gens de mon village ne voyaient les avions passer que très loin dans le ciel. Ça ne leur aurait absolument rien apporté! »

Pendant ses études de santé, il crée l’Initiative pour la santé et le développement dont la principale mission est de faciliter l’accès à l’eau potable au Burkina Faso et ainsi réduire les maladies et alléger les corvées qui incombent aux femmes. Aujourd’hui, ce sont ses enfants qui l’aident à faire rayonner l’initiative et à récolter des fonds en ligne tout en imaginant désormais leurs propres projets humanitaires.

« Le flambeau a été transmis ! » conclue Jules fièrement.

L’autre combat de Jules : l'égalité des genres et l’autonomie des femmes
Outre la santé communautaire, Jules est aussi très sensible aux problématiques relatives au genre et à l’autonomisation des femmes. Tout au long de son engagement au Mali, son équipe et lui se sont efforcés de promouvoir une plus grande équité entre les hommes et les femmes et de combattre les violences.

Au Mali, la santé des femmes et des filles est menacée par les violences conjugales, la mutilation génitale féminine et les mariages précoces. Pour sensibiliser les communautés à cette réalité, l’équipe de Jules a collaboré directement avec certains membres de ces communautés : « Nous avons identifié des champions et championnes Genre qui, par leur comportement naturel, militent contre ces violences et suscitent un dialogue communautaire. » Jules a également été à l’origine d’une politique de prévention des abus et de l’exploitation sexuelle en partenariat avec les autres délégations nationales de la Croix-Rouge présentes sur place et la Croix-Rouge malienne, permettant de libérer la parole de nombreuses femmes.

Visite des activités du projet MNCH dans une communauté.Jules et les autres délégués de la CRC se sont aussi assurés de favoriser les femmes dans le processus de recrutement des agent(e)s de santé communautaire du projet, et notamment des femmes enceintes et mères de jeunes enfants. Pour Jules, « c’est inadmissible aujourd’hui que l’on vienne discriminer une femme par son état physiologique ou sa situation familiale. Nous avons recruté ces femmes et nous avons fait en sorte qu’elles puissent venir en formation et soient envoyées en mission avec leurs enfants et leurs nourrices. Ça nous ne coute rien, mais ça fait toute la différence pour elles. C’est ça, l’équité! » Grâce à ces efforts, 65 % des agent(e)s de santé communautaire qui ont été recruté(e)s dans le cadre du programme sont des femmes. L’équipe de gestion du programme comptait aussi plus de 50 % de femmes cadres à des postes de responsabilité, dont certaines ont bénéficié de promotion interne.

Une reconnaissance pour les équipes de la CRC impliquées dans les projets au Mali
Jules accueille le prix Kroum Pindoff 2021 comme la reconnaissance d’un travail d’équipe. D’abord celle de la Croix-Rouge canadienne au Mali - « J’ai simplement eu la chance d’être le représentant pays et de diriger cette équipe. » - mais aussi l’équipe Afrique de la CRC à Ottawa qui a contribué au succès des projets que Jules a mené ces dernières années.

À un niveau plus personnel, cette récompense a renforcé, encore un peu plus, les convictions de Jules : « Je m’investis dans ce que je fais d’une façon très intense, essentiellement pour défendre les droits des femmes. Pour moi [ce prix] signifie que j’ai eu raison de le faire, que je suis sur le bon chemin et surtout que je peux faire encore mieux. »

D’ailleurs, le prochain projet de la CRC que Jules coordonnera s’attaquera au problème des mariages et grossesses précoces. Grâce aux avancées concrètes apportées par les projets qu’il a récemment dirigés et les relations qu’il a construites en cours de route, Jules a joué un rôle déterminant dans l'obtention d'un financement du gouvernement du Canada pour un nouveau projet quinquennal axé sur la santé et les droits sexuels et reproductifs des adolescent(e)s au Mali. Les quelque 15 millions de dollars canadiens seront donc investis pour sensibiliser les communautés à ce fléau et maintenir les jeunes filles le plus longtemps possible à l’école pour retarder ces événements.

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