Le leadership au féminin : Carmen Ferrer

Par Aldis Brennan, Croix-Rouge canadienne
 
Au début de novembre 2020, deux violents ouragans ont frappé l’Amérique centrale avec une force telle que des millions de personnes au Nicaragua, au Honduras et au Guatemala se sont trouvées privées d’accès à de la nourriture et à de l’eau potable ou contraintes d’évacuer leur domicile. Les dommages que les tempêtes ont occasionnés aux systèmes de traitement des eaux usées ont multiplié les risques d’éclosion de maladies, comme le choléra, créant aussi les conditions propices à la prolifération des moustiques qui sont porteurs de la malaria et de la dengue. Bon nombre des animaux, des cultures et des outils qui faisaient partie des moyens de subsistance de la population sont soudainement disparus, emportés dans les inondations.
 
Le travail de Carmen Ferrer consiste à aider à répondre aux besoins de ces gens qui ont tant perdu dans le sillage des ouragans. Chef des opérations d’urgence, elle est responsable de la gestion de l’intervention régionale de la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge en réponse aux ouragans Eta et Iota.
 
« Je coordonne l’ensemble des opérations avec le bureau régional du Panama, le bureau sectoriel d’assistance au Honduras et les trois équipes qui travaillent dans leur pays respectif, explique Carmen. La gestion, la collecte des fonds, l’élaboration de la vision opérationnelle stratégique… de façon générale, il faut se pencher sur un grand nombre de sujets. »
 
Devenir une leader
Femme avec un chandail bleu et un collier avec des boules de toutes les couleurs sourit à la caméra. 
Carmen Ferrer n’avait jamais envisagé d’assumer un rôle de leadership. Lorsqu’elle s’est jointe comme bénévole à la Croix-Rouge espagnole en 2005 après ses études en architecture, c’était pour participer aux activités dans le domaine des abris, de l’eau et de l’assainissement.
 
« Petit à petit, à force de travailler dans les bureaux régionaux et sur le terrain, puis d’assumer des rôles plus stratégiques, j’ai commencé à accepter davantage de responsabilités et à participer à la gestion et à la coordination, raconte Carmen. J’ai cumulé les expériences et j’en ai tiré des leçons. J’ai beaucoup appris, toute seule et auprès des autres. J’avais vraiment envie de progresser et de repousser mes limites. Il y avait très peu de femmes qui occupaient ce type de postes importants, alors j’ai commencé à voir au-delà des rôles liés aux abris pour m’orienter vers des postes de leadership. »
 
C’est en 2015 que Carmen a entamé ce parcours au sein de la Croix-Rouge espagnole, à titre de coordonnatrice d’intervention à la suite d’un séisme dévastateur au Népal. Elle a ensuite passé deux ans en Équateur avec la Fédération internationale, dirigeant les efforts de rétablissement dans la foulée du séisme de 2016. Sa démarche a vraiment pris son essor lorsqu’elle est parvenue à se joindre au Programme de formation de chef des opérations d’urgence de la Fédération internationale, qui vise à renforcer les aptitudes de leadership stratégique de pointe dans le contexte des interventions d’urgence. Moins d’un an après sa formation, Carmen dirigeait l’intervention en réponse aux ouragans.
 
Si l’histoire de Carmen est un éclatant exemple de réussite, cette dernière rappelle que toutes les femmes n’ont pas accès aux possibilités qu’elle a eues.
 
« Je suis Espagnole. J’ai grandi en Europe, j’ai fait mes études en Europe, dans un domaine technique de surcroît. Je viens du milieu de la construction, où les hommes sont beaucoup plus nombreux. Ainsi, pour moi, il y a eu une certaine continuité entre les environnements qui ont jalonné mon parcours. Mais il ne suffit pas de comprendre qui je suis et d’où je viens. Il faut songer au parcours des autres personnes, même celles qui sont nées en Espagne, comme moi, mais à qui l’on n’a pas offert toutes les possibilités que j’ai eues. »
 
Des changements en vue
 
Carmen observe néanmoins que des changements s’opèrent. Par exemple, même si les compétences des candidats et candidates prévalent dans le processus de sélection des participants et participantes au Programme de formation de chef des opérations d’urgence, on accorde de plus en plus d’importance à la parité des genres. Ce virage s’inscrit dans l’engagement continu du Mouvement dans son ensemble à l’égard de la reconnaissance de la valeur de la nomination de femmes dans des postes de leadership. Mais ce n’est qu’un début.
 
« Il ne suffit pas de s’intéresser au pourcentage de femmes occupant des postes de leadership. Il faut que ces nominations procèdent d’une profonde conviction qu’il est nécessaire que nous occupions ces postes. Et notre contribution dans ces fonctions doit inspirer un véritable respect. Car il est essentiel que nous occupions ces postes, pour diversifier les opinions et les visions, pour que nous atteignions chacune des sphères visées par notre travail. Dans cette optique, j’estime que le Mouvement prend des mesures importantes. Toutefois, nous devons aussi nous interroger sur le temps qu’il faudra avant que nous parvenions à une véritable représentation équitable dans ce type de postes. »
 
Les femmes comptent pour plus de la moitié de la population mondiale. Pourtant, dans les plus hautes sphères décisionnelles, nous nous privons de leur productivité, de leur intelligence et de leurs perspectives. Lorsque des femmes occupent des postes de direction, les enjeux liés au genre font l’objet d’un examen plus attentif dans les programmes, au profit de l’égalité des genres. Dans ce contexte, Carmen mesure bien le poids de ses responsabilités et elle souhaite tirer parti de sa situation pour assurer la continuité des progrès, afin que plus de possibilités soient offertes aux femmes :
 

« Nous devons veiller à ce que des possibilités s’offrent aux femmes : de vraies possibilités, des occasions concrètes. Pour ce faire, il ne faut pas oublier que la ligne de départ n’est pas la même pour les femmes. Aux femmes, je dirais simplement ceci : poursuivez vos rêves sans vous soucier des attentes de la société à votre endroit. Soyez tenaces, et ignorez ceux qui vous diront que vous empruntez une voie qui n’est pas destinée à une femme. »

 
La Croix-Rouge canadienne appuie la mise en œuvre du Programme de formation de chef des opérations d’urgence en offrant de l’aide financière et des occasions de formation. Plusieurs membres de son personnel canadien participent au programme.
 
La Croix-Rouge canadienne recrute des délégués Gestionnaire des opérations afin de soutenir les opérations internationales de la Fédération Internationale de la Croix-Rouge. Cliquez ici pour plus d'informations.

 
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