« Suivez ma voix » - Témoignage de Chantale Bilodeau

Témoignage de Chantale Bilodeau, directrice adjointe - Formation à la Croix-Rouge canadienne, Québec

Après avoir failli perdre la vie dans un incendie et après avoir été témoin, impuissante, du décès d’un homme victime d’une crise cardiaque, Chantale Bilodeau s’est engagée comme bénévole Croix-Rouge. Depuis 12 ans, Chantale travaille pour l’organisation qu’elle a tant à cœur, et elle nous raconte son histoire peu banale.
 
Chantal BilodeauJe sais ce que peuvent ressentir les familles à la suite d’une catastrophe ou d’une urgence, car j’ai failli moi-même perdre la vie dans un incendie. C’était l’hiver, au beau milieu de la nuit, et une chandelle oubliée a mis le feu à la chambre à coucher de ma colocataire. Le détecteur de fumée était défectueux : j’y avais pourtant installé une pile neuve. Nous étions profondément endormies toutes les deux, déjà intoxiquées par la fumée.

Un policier qui patrouillait par hasard dans la rue a vu les flammes par la fenêtre. Il a réussi à grimper sur notre balcon et à défoncer la porte malgré le feu qui augmentait d’intensité de seconde en seconde. Je n’oublierai jamais le son de sa voix alors qu’il hurlait à travers le feu et la fumée : « Suivez ma voix! Suivez ma voix! » Pendant qu’il tentait d’éteindre le brasier avec un extincteur, j’ai marché à quatre pattes jusqu’à ce qu’une main jaillisse de la fumée et m’agrippe fermement pour me pousser à l’extérieur. J’étais complètement sonnée, désorientée, ne sachant plus quoi faire. Ma colocataire et moi avons été admises à l’hôpital pour la nuit.

Le lendemain, c’était la désolation. On fouillait les décombres de l’appartement et on ne savait pas quoi faire. À l’époque, la Croix-Rouge n’intervenait pas encore dans de telles situations, et je sais maintenant à quel point j’aurais été reconnaissante d'avoir quelqu’un qui m’entoure d’une couverture en me rassurant. J’aurais volontiers accepté qu’on m’aide à prendre les décisions qui s’imposaient : qui appeler, où aller dormir, comment faire nettoyer mes vêtements? Le soutien offert par les intervenants de la Croix-Rouge, c’est comme cette voix venue de la fumée qui me demandait de lui faire confiance, de la suivre pour sortir de ce cauchemar.

Le cœur gonflé de compassion

J’ai également été témoin du décès d’un homme à la suite d’un arrêt cardiaque. C’était à l’aéroport et personne n’a su quoi faire. Je me suis dit qu’il fallait absolument que j’apprenne comment réagir dans ces moments-là. Cela m’a motivée à suivre des cours de secourisme et, pendant ces cours, j’ai découvert le bénévolat à la Croix-Rouge lors de situations d’urgence. Quand j’ai su qu’on pouvait intervenir auprès des personnes sinistrées lors d’un incendie, j’en ai pleuré! Je savais que je pourrais vraiment comprendre ce qu’ils vivent et que je saurais les aider.

Lors de mes premières interventions sur le terrain, j’avais le cœur gonflé de compassion, je me sentais si proche de ces personnes totalement désemparées! Le fait de pouvoir contribuer à leur apporter un peu de réconfort et de dignité me rendait tellement fière de faire partie de la Croix-Rouge. Lorsque je revenais chez moi en pleine nuit ou au petit matin, j’allais regarder mes enfants qui dormaient paisiblement et j’avais une pensée pour les personnes que je venais d’accompagner.

Il y a 12 ans, j’ai commencé à travailler pour l’organisation. Je dis souvent que j’ai la Croix-Rouge tatouée sur le cœur... Et même après toutes ces années, c’est toujours aussi vrai. 

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