La pandémie fantôme : hausse notable de la violence sexuelle et fondée sur le genre

Par Stephanie Murphy, conseillère principale, Communications
 
Avertissement : Le texte qui suit traite de violence sexuelle et fondée sur le genre, y compris de violence familiale.
 
Note : Les hyperliens marqués d’un astérisque (*) mènent à des sources uniquement en anglais.

 
On a qualifié de « pandémie fantôme » la hausse des actes de violence sexuelle et fondée sur le genre (VSFG) qui s’observe à l’échelle mondiale depuis le début de la pandémie de COVID-19. Loin d’être terminée, la pandémie continue d’avoir des répercussions sur des millions de personnes dans le monde entier à coup de mesures de confinements et de perturbations dans les services courants.

Avant la pandémie, les Nations Unies rapportaient qu’une femme sur trois avait déjà subi de la violence physique ou sexuelle. Bien que les données sur l’incidence de la pandémie sur la VSFG soient émergentes, des tendances à la hausse commencent à se profiler dans de nombreux pays. Le taux de signalement et les appels aux lignes d’assistance pour les personnes vivant de la violence conjugale ou familiale sont également en hausse.
 
Au Canada, des consultations fédérales ont révélé que les actes de VSFG avaient augmenté de 20 à 30 pour cent* dans certaines régions en confinement. L’Ontario Association of Interval and Transition Houses affirme que 20 pour cent des 70 refuges* qu’elle représente ont observé une hausse des appels d’urgence durant la pandémie.
 
On constate des hausses semblables dans le monde entier. En Argentine, les signalements d’actes de violence conjugale ont augmenté de 23 pour cent* en avril 2020 par rapport à l’année précédente. Au Royaume-Uni, le plus important organisme de lutte contre la violence domestique, Refuge, a rapporté une augmentation choquante de 700 pour cent* dans les appels reçus en une journée. Au Kenya, le National Crime Research Centre a rapporté une hausse alarmante de 87,7 pour cent* des cas de VSFG entre les mois d’avril et de juin 2020, période durant laquelle des restrictions sanitaires étaient en vigueur.
 
Les facteurs qui expliquent l’augmentation des actes de violence sont complexes, bien qu’incontestablement inacceptables. Même si les études sur la question sont peu nombreuses, il est clair depuis longtemps que les actes de VSFG grimpent en flèche dans les situations d’urgence et les catastrophes. C’est en partie dû au fait que les personnes maltraitantes ressentent davantage de peur et de stress ou ont perdu leur emploi ou une partie de leur salaire, et que ces situations sont malheureusement amplifiées par la pandémie de COVID-19. De plus, les déséquilibres de pouvoir déjà présents au sein de la société sont susceptibles de s’aggraver dans un tel contexte et d’exposer les femmes, les filles et les garçons à un plus grand risque de violence.
 
Par ailleurs, le respect des mesures sanitaires visant à enrayer la propagation de la COVID‑19, comme rester chez soi et éviter de voir ses proches, a aussi entraîné une augmentation des actes de VSFG. Parallèlement à l’isolement, les personnes qui vivent de la violence à la maison perdent aussi tout soutien extérieur. Selon la Fondation canadienne des femmes, en période de quarantaines et d’isolement social, les personnes maltraitées et leur bourreau sont ensemble 24 h par jour, et leur entourage ne peut constater les signes de violence ni intervenir.
 
Pour aggraver les choses, la pandémie a aussi limité le soutien offert aux personnes dans ce type de situation. Les mesures de confinement et les restrictions sanitaires modifient les paramètres de prestation de services des organisations de première ligne. Certaines choisissent d’offrir des services en ligne ou de limiter l’accès aux services en personne. L’augmentation récente des actes de VSFG représente également un fardeau pour les organisations qui poursuivent leurs activités. Et en période de confinement, il n’est pas sécuritaire pour une personne qui vit de la VSFG de demander de l’aide par téléphone ou en ligne.
 
Dans ce contexte, et étant donné qu’il est plus difficile pour les personnes aux prises avec de la violence de demander de l’aide, la Fondation canadienne des femmes a conçu un signe d’appel à l’aide, qui consiste en un simple geste de la main. Le signe peut être utilisé par les personnes en détresse lors d’un appel vidéo ou d’une rencontre pour indiquer silencieusement qu’elles ont besoin d’aide.
 
La COVID-19 exerce aussi une pression sur le système de santé. Selon la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge*, les services essentiels de gestion clinique des viols, de soins de santé aux survivants et survivantes de violence conjugale ou familiale, de santé sexuelle et reproductive et de soutien psychosocial ont été perturbés, en particulier dans les endroits où les soins de santé étaient déjà limités.
 
La Croix-Rouge canadienne à l’œuvre
 
Étant donné l’augmentation du risque de VSFG durant la pandémie de COVID‑19, il revient à chaque organisme d’intervention en contexte d’urgences et de sinistres de respecter les normes mondiales de prévention et de lutte contre la VSFG tout en tenant compte des enjeux de protection. La Croix-Rouge canadienne intègre ces efforts de protection dans ses programmes nationaux et internationaux depuis plusieurs années en cherchant à limiter l’exposition des personnes aux risques de violence et d’abus et en veillant à ce que les opérations d’urgence respectent le principe « Ne pas nuire ». Au cours des dernières années, ces efforts se sont officialisés à l’international et depuis 2015, l’approche ne cesse de prendre de l’ampleur en sol canadien.
 Un groupe de personnes portant des gilets et des masques de la Croix-Rouge, assis dans une pièce sur des chaises en cercle.
Automne 2020 : le personnel humanitaire de la Croix-Rouge canadienne et de la Croix-Rouge du Honduras donne une formation sur le Code de conduite, la protection et le soutien psychosocial à des bénévoles et à des employées et employés durant l’intervention en réponse aux ouragans Eta et Iota.

Cette approche repose essentiellement sur des outils de protection, d’égalité des genres, d’inclusion et d’engagement communautaire (PEIE) conçus par la Croix-Rouge canadienne. Ceux-ci permettent de constater que chaque personne est touchée différemment par une situation d’urgence ou une catastrophe, et de lutter contre les risques de violence, la discrimination et l’exclusion.
 
La liste de contrôle PEIE est l’un des principaux outils utilisés. Elle s’appuie sur les principes de protection, de dignité, d’accès, de participation et de sécurité pour analyser une intervention dans son ensemble (le personnel, les installations, les programmes, etc.) en vue de créer un environnement plus inclusif et sécuritaire. La liste de contrôle est intégrée le plus tôt possible à la plupart des opérations d’urgence au Canada et à l’étranger, et les progrès qu’elle permet de réaliser sont suivis de près pendant toute la durée de l’intervention.
 
Chaque membre du personnel d’intervention doit contribuer à créer un espace sécuritaire pour les personnes susceptibles de vivre de la VSFG et savoir vers quelles ressources les diriger au cas où elles ont besoin de soutien supplémentaire. Avant son déploiement, le personnel de la Croix-Rouge canadienne reçoit de l’information sur les enjeux de protection, y compris sur la prévalence de VSFG dans la communauté où l’intervention est menée. De plus, il s’engage à respecter diverses politiques, dont le Code de conduite, qui précise ses obligations en matière de prévention de l’exploitation et des abus sexuels et les mesures à prendre lors d’enjeux liés à la protection de l’enfance. En contexte d’intervention, une procédure détaillée aide le personnel à répondre aux enjeux de protection et à se responsabiliser, et permet la mise en place de mesures adaptées dès que des problèmes de sécurité sont relevés.
 
Au début de chaque opération, l’équipe de la Croix-Rouge canadienne dresse une liste d’organismes établis qui offrent des services aux personnes vivant des actes de VSFG. De cette façon, si une personne demande de l’aide, le personnel de la Croix-Rouge canadienne sait quels organismes de soutien personnalisé sont présents dans la région. Durant la pandémie, il est plus complexe de suivre ce processus à la lettre, car certains services sont limités, mais l’équipe de la Croix-Rouge canadienne travaille étroitement avec les prestataires de services locaux pour diriger les personnes vers les bonnes ressources.
 
La liste de contrôle PEIE comprend également des recommandations sur la prestation de services par la Croix-Rouge canadienne. Par exemple, un espace intime aménagé dans un centre d’accueil contribue à la protection des renseignements personnels et permet de demander de l’aide en toute sécurité. Séparer un conjoint de sa conjointe lors de leur inscription à un service d’hébergement temporaire peut permettre à l’un ou l’autre de demander discrètement une chambre séparée, si besoin est. Fait notable, une chambre sécuritaire est prévue à chaque étage des établissements d’hébergement au cas où des partenaires ou des familles doivent être séparés en raison d’agressions ou de violence.
 Deux femmes masquées, l'une portant un chandail de la Croix-Rouge canadienne, discutent entre elles.
Une équipe de la Croix-Rouge canadienne évalue les critères de protection, d’égalité des genres, d’inclusion et d’engagement communautaire (PEIE) au centre d’accueil de Sun Peaks, en Colombie-Britannique, durant les opérations en réponse aux feux de forêt à l’été 2021.

Dans les situations où des abris communs sont utilisés, la Croix-Rouge canadienne aménage des espaces séparés pour les personnes qui pourraient en bénéficier, comme les femmes et les filles. Cela comprend des locaux, des toilettes et des dortoirs séparés pour les femmes qui allaitent. Le personnel de la Croix-Rouge canadienne peut aménager une section distincte réservée aux soins médicaux prodigués aux femmes et aux filles* par des femmes médecins, des infirmières et d’autres professionnelles de la santé.
 
Utilisée au tout début d’une intervention d’urgence, la liste de contrôle PEIE permet de formuler des recommandations pour accroître la sécurité et l’accessibilité de l’intervention. L’équipe de PEIE travaille étroitement avec une équipe élargie pour renforcer les capacités et veiller à ce que les considérations liées à la PEIE soient mises de l’avant et intégrées à toutes les étapes de l’intervention.
 
Appuyer les personnes ayant vécu de la VSFG l’an dernier

Dans la dernière année, la liste de contrôle PEIE a été utilisée lors des interventions en réponse aux ouragans Eta et Iota* et des interventions liées aux feux de forêt Colombie-Britannique. Elle a aussi été utilisée dans le cadre des opérations de vaccination contre la COVID‑19 menées par la Croix-Rouge canadienne et dans plusieurs sites d’isolement. Comme il s’agit d’un outil relativement nouveau utilisé dans l’ensemble des interventions et des programmes, la liste de contrôle est mise à jour en fonction des leçons apprises pour demeurer aussi pertinente et efficace que possible et assurer la sécurité, la dignité et la protection de tout un chacun.
 
Si vous connaissez une personne touchée par de la violence sexuelle et fondée sur le genre, cliquez ici pour obtenir une liste de ressources offertes dans chaque province et territoire. Pour en savoir plus sur les efforts déployés par la Croix-Rouge au chapitre de la protection, de l’égalité des genres et de l’inclusion, consultez la page https://www.ifrc.org/fr/protection-genre-et-inclusion-pgi.
 

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