De Trenton aux régions éloignées : un travailleur de la Croix-Rouge partage son parcours en santé publique

Par Jon Adam Chen

Lorsqu’il a pris sa retraite en 2019 après avoir travaillé comme infirmier en soins intensifs pendant 38 ans, George Rudanycz, résident de la ville de Sarnia, espérait pouvoir enfin souffler un peu. Aujourd’hui, il est fier de dire qu’il n’a jamais été aussi occupé.

« Lorsque la pandémie a éclaté, je me suis dit qu’en tant que bénévole de longue date pour la Croix-Rouge canadienne, je pouvais contribuer à une intervention qui aurait un effet positif sur la communauté. »

George, qui est également membre élu du conseil d’administration de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario pour la région sud-ouest, estime que les valeurs humanitaires auxquelles il souscrit depuis toujours lui ont ouvert des horizons jusque là méconnus.

  George Rudanycz est assis dans un centre de vaccination avec son masque
Photo : George a joué un rôle essentiel au sein de l’équipe clinique de la Croix-Rouge chargée de l’administration des vaccins lors de l’opération Immunité dans les collectivités éloignées.


Il a adapté les compétences acquises en tant qu’infirmier autorisé au secteur de la santé publique en assumant des tâches destinées au personnel infirmier, que ce soit pour la Croix-Rouge canadienne ou l’Agence de la santé publique du Canada.

George a ainsi pu mettre à profit les compétences en matière d’évaluation clinique qu’il a perfectionnées dans des milieux hospitaliers dynamiques tout au long de sa carrière, tout en faisant preuve d’une bienveillance constante envers les patient(e)s, qui en avaient bien besoin en cette période de profonde incertitude.
 
Travaillant au sein de l’équipe clinique de la Croix-Rouge déployée à l’aéroport de Trenton à la demande du gouvernement fédéral au début de l’année 2020, George avait pour mission de détecter de potentiels symptômes de la COVID-19 chez les premiers groupes de voyageurs et voyageuses rapatrié(e)s.

Il s’est donné beaucoup de mal pour établir un contact positif avec les personnes qu’il a évaluées et leur remonter le moral.

« Je me souviens d’une enseignante dont j’ai évalué l’état de santé et qui me regardait très attentivement quand je lui posais mes questions. Après l’évaluation, je lui ai dit que je lui donnais un A pour l’ensemble de ses réponses. Ça l’a rendue très heureuse! »

L’expérience la plus gratifiante de George s’est déroulée le printemps dernier, lorsqu’il a été invité à se joindre à l’équipe d’expert(e)s cliniques de la Croix-Rouge dans le cadre de l’opération Immunité dans les collectivités éloignées. Mise en place lors de la première phase de la campagne de vaccination en Ontario, cette opération visait à offrir le vaccin contre la COVID-19 aux communautés autochtones situées dans les régions nordiques éloignées, accessibles uniquement par avion. Développée en partenariat avec la Nation Nishawbe Aski, l’opération a été dirigée par Ornge, l’entreprise de transport médical aérien d’urgence dont le gouvernement ontarien a retenu les services.

C’est donc à la demande de l’Ontario et sous la direction d’Ornge que la Croix-Rouge a offert du soutien clinique à trois communautés. En tant que vaccinateur, George a administré des doses aux résidentes et aux résidents de deux de ces communautés, soit celles de Cat Lake et de Sandy Lake.

George Rudanycz, travailleur de la Croix-Rouge, et son équipe sont debout, dos à la caméra, et montrent des vestes
Photo : Des membres de la Première Nation de Sandy Lake offrent des manteaux à l’équipe clinique participant à l’opération Immunité en régions éloignées. George (à gauche) affirme être honoré de recevoir ce présent.


George est le seul employé de la Croix-Rouge à avoir été déployé à Cat Lake pour joindre l’équipe clinique de l’Université Queen, qui procédait à l’administration des vaccins. Il raconte comment la nuit passée dans le hangar à avions d’un mécanicien local en raison d’une tempête de neige a rapproché les membres de l’équipe.

« La tempête faisait rage. Les pilotes sont allés sur le tarmac et ont dit qu’ils ne pouvaient faire décoller les appareils pour l’instant. »

Sandy Lake, une communauté oji-cri située à 600 km au nord-ouest de Thunder Bay, en Ontario, a été la dernière à bénéficier de l’opération Immunité dans les collectivités éloignées. Étant donné sa population relativement importante — plus de 2500 personnes — toute l’équipe de vaccination de la Croix-Rouge a été mise à contribution.

Comme il l’a fait lors des évaluations cliniques, George a remercié toutes les personnes qui ont posé ce geste pour se protéger et protéger leurs familles contre le virus. Certaines lui ont confié qu’elles hésitaient à se faire vacciner, mais qu’elles ont accepté de le faire après avoir reçu des commentaires positifs de membres de leur famille et d’amis.

George a été marqué par deux événements bien particuliers. Le premier a été lorsque la Première Nation de Sandy Lake a offert des manteaux à l’équipe clinique en guise de remerciement pour le travail accompli. « C’était un honneur de recevoir ces manteaux qui sont confectionnés par et pour les membres de la communauté. Nous les portions tous les jours. »

La deuxième expérience revêt un caractère encore plus personnel. George mentionne que de nombreuses personnes à qui il a administré la première dose du vaccin lui ont dit qu’elles ont à peine senti l’aiguille pénétrer leur bras et qu’elles aimeraient bien que ce soit lui qui leur administre leur deuxième dose. « Cette marque de confiance est sans doute la plus belle récompense que je pouvais recevoir. » George estime que cela témoigne également d’une plus grande ouverture face à la vaccination de la part des communautés.

L’opération Immunité dans les collectivités éloignées de la Croix-Rouge a permis de vacciner 1066 personnes, un succès auquel George est fier d’avoir contribué.

En se remémorant son parcours trépidant en tant qu’infirmier du réseau de la santé publique, George espère que la dernière année aura permis à la population de prendre conscience de l’apport essentiel des travailleuses et des travailleurs de la santé. « Avant la pandémie, personne ne réalisait l’ampleur du travail effectué par le personnel infirmier, qui tient notre système de santé à bout de bras. Il ne faut plus jamais oublier que le bon fonctionnement de ce système est essentiel à notre bien-être collectif. »
 
 
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