Depuis la découverte du virus Ebola, en 1976, la République démocratique du Congo a connu dix épisodes d’épidémie. La plus meurtrière frappe en ce moment les provinces de Nord-Kivu et d’Ituri. On parle de milliers de victimes – des dizaines de nouveaux cas sont répertoriés tous les jours –, de l’accès difficile aux populations touchées, des groupes armés qui n’aident en rien à la situation et de la menace de plus en plus probante d’une propagation de la maladie vers les pays frontaliers. Mais ce dont on parle peu, c’est des répercussions réelles du virus sur les survivants, leur famille et leur communauté.
 
Irene« Lorsque mon mari est décédé des suites du virus Ebola, même ma propre famille nous a reniés. Imaginez le reste de la communauté, » explique Irène, mère de six garçons. « Les gens ont peur de ce qu’ils ne connaissent pas. Certains craignent d’être contaminés, d’autres croient qu’il s’agit de sorcellerie. » En mai 2018, la vie d’Irène a chaviré. Non seulement venait-elle de perdre son mari, mais les gens de son village refusaient désormais d’acheter ses légumes et la fuyaient comme la peste. « Le plus triste, c’était de voir mes enfants isolés des autres. Ce sont les bénévoles de la Croix-Rouge qui nous ont aidés à traverser cette épreuve. »
 
 Malachi et son équipe de soutien psychosocialIrène et sa famille ont bénéficié de l’appui des bénévoles en soutien psychosocial de la Croix-Rouge de Mbandaka, formée lors de l’épidémie d’Ebola de 2018 en Équateur. « Notre rôle, raconte Malachi Malaka, responsable de l’équipe, c’est d’écouter les personnes mentalement touchées et les aider à réintégrer leur communauté. Petit à petit, on essaie de recréer des liens. » Pour ce faire, l’équipe travaille avec les communautés et leurs leaders et avec les guérisseurs traditionnels. Entre autres, elle les sensibilise à la maladie et à ses répercussions en collaborant avec des bénévoles de la communauté touchée. « Si on veut créer un réel impact, c’est important que la communauté et son leader sentent qu’ils sont partie prenante des décisions et des mesures qu’on souhaite mettre en place. », précise Malachi.
 
Un an plus tard, Malachi et son équipe poursuivent leur bénévolat avec optimisme. « Si les enfants d’Irène peuvent à nouveau se mêler aux autres enfants du village, ce n’est pas le cas de toutes les familles. » C’est pourquoi Malachi a été déployé à Nord-Kivu, en soutien à ses collègues de l’est du pays, qui font face à une épidémie sans précédent. Ensemble, ils essaient de lutter contre les préjugés et ils aident les communautés à rester solidaires.