Je ne sais pas si tu as des enfants. Moi, j’en ai une. Et lorsqu’elle était toute petite, à l’âge de se tortiller de douleur le soir après un boire, je tentais de la calmer, de la réconforter. Il n’y avait rien à faire, je me sentais impuissante. J’ai fait des recherches sur le Net (allô, Mamanpourlavie.com !), j’ai aussi tenté de mettre à exécution les conseils des autres : « mets de la chaleur sur son bedon, ils vendent des petits oursons pour ça », « attache-la dans son siège sur la sécheuse en action, les mouvements vont l’apaiser », « bois des infusions de fenouil », etc. Je me mettais beaucoup de pression et au final, je vous dirais que le meilleur remède, ç’a été le temps.

J’avais oublié tout ça, parce que ma fille aura bientôt quatre ans. Récemment, alors que j’étais au Mali, je m’en suis souvenu. Ce jour-là, j’étais en conversation avec le responsable d’un programme de santé de la Croix-Rouge à Koulikoro. Il m’expliquait comment son équipe et lui avaient fait pour diminuer le taux de mortalité infantile dans leur localité : « Si tu veux que de vrais changements s’exécutent, il faut comprendre le milieu où tu interviens et il faut identifier les barrières aux changements. » 
Quel est le lien avec les coliques de ma fille, me direz-vous ?

Au Mali, la plupart des décès chez les nourrissons sont liés à des maladies pour lesquelles il existe des médicaments.Au Mali, la plupart des décès chez les nourrissons sont liés à des maladies pour lesquelles il existe des médicaments. Ce qui tue les bébés (entre autres), c’est que ces maladies sont souvent détectées trop tard. Pourquoi ? Pour plusieurs raisons, mais à Koulikoro, dans les villages où l’équipe de la Croix-Rouge travaille, il semble que l’une des principales raisons soit associée à une tradition.

« Depuis toujours, on dit aux mamans qu’elles ne doivent pas traverser la rivière avec leur nouveau-né [les services de santé se trouvent sur l’autre rive]. Avant d’aller voir le médecin, elles doivent attendre que tous les membres de la famille soient venus bénir l’enfant. C’est pour le protéger, » précise Wiri de le responsable local du projet de la Croix-Rouge. Pendant ce temps, les jours passent et pour les nouveau-nés, le risque de contracter une tuberculose, une rougeole, une pneumonie ou une coqueluche augmente.

« On ne peut pas arriver dans un village et faire fi des croyances ancestrales. On a donc choisi de sensibiliser les chefs de village et les hommes de la communauté aux bienfaits des consultations et de la vaccination précoces, raconte Wiri. Aujourd’hui, les femmes traversent la rivière le surlendemain de leur accouchement. Le taux de décès chez les bébés a considérablement diminué. Même chez les mamans, on a noté une différence. Tout le monde est en meilleure santé ! »

Le lien, il est là : au Québec comme à Koulikoro, on veut ce qu’il y a le mieux pour nos enfants.
Avec les coliques, mon réflexe a d’abord été de consulter Google et mon entourage. Rien n’a vraiment fonctionné… Ce qui a fonctionné, par contre, c’est quand le médecin m’a dit : « Il faut être patiente, ça va passer. Les coliques sont parfois un passage obligé de la vie des bébés. » À partir de là, la pression est tombée.

Pour les familles de Koulikoro comme dans la plupart des communautés rurales du Mali, le réflexe était de reproduire ce que leurs parents, leurs grands-parents et leurs arrière-grands-parents avaient toujours fait. À partir du jour où, en plus du respect des traditions, on a encouragé les consultations avec des agents de santé et procédé à une vaccination précoce des tout-petits, un vrai changement s’est opéré : le taux de mortalité infantile a diminué.

Avoir des enfants en santé, c’est la plus grande motivation des parents du monde entier, non ?
Le succès de ce programme (Santé des mères, des nouveau-nés et des enfants – SMNE) implanté au Mali repose sur une chose essentielle : le respect et l’implication des communautés avec lesquelles nous travaillons.

Programme réalisé avec l'appui financier du gouvernement du Canada agissant par l'entremise d'Affaires mondiales Canada.