Empoisonnement aux opioïdes ou surdose : Pourquoi les mots sont importants

Photo: John Falcon / Croix-Rouge canadienne
Quand on parle d’empoisonnement aux opioïdes, les mots que l’on utilise peuvent influencer les pensées, les sentiments et la façon d’agir. Le langage que nous utilisons peut contribuer à la stigmatisation ou à la déconstruction des préjugés.
La stigmatisation est l’expression d’une attitude négative (un préjugé) à l’égard de certaines personnes ou activités. Par exemple, porter un jugement sur les autres, laisser entendre qu’ils sont responsables de leur situation ou les traiter comme s’ils ne méritaient pas de recevoir de soins.
Lorsqu’il est question de consommation de substances, la stigmatisation peut causer un véritable préjudice. Les préjugés peuvent empêcher les gens de demander de l’aide ou de faire preuve de compassion. La lutte contre la stigmatisation vise à changer la perception des gens au sujet des opioïdes et des personnes qui les consomment. Il n’existe pas un « type » de personne qui consomme des opioïdes, mais il existe de nombreux stéréotypes à la fois faux et nuisibles.
Au Canada, l’empoisonnement aux opioïdes demeure un enjeu de santé publique grave. En effet, 55 032 décès apparemment liés à la toxicité des opioïdes sont survenus entre janvier 2016 et septembre 2025 au pays. C’est pourquoi la réduction des méfaits associés aux opioïdes est si importante.
Un empoisonnement aux opioïdes est une urgence médicale grave qui survient lorsqu’une quantité toxique d’opioïdes submerge le système nerveux central, entraînant un ralentissement dangereux de la respiration ou son arrêt complet. L’empoisonnement peut être provoqué par des opioïdes, qu’ils soient prescrits ou non, ou par une combinaison de substances qui comprend des opioïdes. Il peut également survenir lorsque la personne ne sait pas ce que contient la substance qu’elle consomme.
De nombreuses personnes emploient le terme « surdose d’opioïdes ». Bien que le mot « surdose » soit couramment utilisé, il peut laisser penser que la personne a choisi de consommer une quantité trop élevée d’opioïdes. Le terme « surdose » peut augmenter le sentiment de culpabilité ou de honte et renforcer les préjugés.
Le terme « empoisonnement aux opioïdes », quant à lui, met l’accent sur ce qui se passe dans l’organisme. Son utilisation rappelle également qu’il s’agit d’une urgence.
Ce changement est important puisque la plupart des décès causés par un empoisonnement aux opioïdes sont accidentels. Au Canada, entre janvier et septembre 2025, 96 % des décès apparemment liés à une intoxication aux opioïdes étaient accidentels. Parler « d’empoisonnement aux opioïdes » permet de mettre l’accent sur l’action et non sur la responsabilité.
La stigmatisation peut donner aux gens le sentiment d’être jugés ou de ne pas être en sécurité. Ainsi, une personne pourrait cacher le fait qu’elle consomme des opioïdes, les consommer seule et ne pas demander d’aide. Sa famille et ses proches pourraient également ressentir de la honte et de la peur et se sentir isolés.
Santé Canada indique que les préjugés peut influencer la manière de traiter les autres et déterminer s’ils reçoivent ou non du soutien. Il est recommandé d’utiliser des termes axés sur la personne et d’éviter l’utilisation de mots blessants comme « drogué(e) » ou « junkie ». Ce n’est pas en stigmatisant les gens qu’on les aide à demeurer en sécurité. C’est en prenant soin d’eux, en les respectant et en leur offrant du soutien.
Ce type de langage met l’accent sur la personne et non sur son état ou son comportement. Il nous rappelle que la consommation de substances ne définit pas une personne.
Évitez de dire…
- « Accro »
- « Drogué(e) »
- « Junkie »
Dites plutôt :
- « Personne qui consomme des drogues »
- « Personne souffrant d’un trouble lié à la consommation de substances »
- « Personne en rétablissement »
- « Personne souffrant potentiellement d’un empoisonnement aux opioïdes »
Ce type de langage n’a pas pour but de décrire parfaitement les choses, mais de faire preuve de respect. Selon le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances (CCDUS), l’utilisation d’un langage non stigmatisant peut pousser les personnes à demander de l’aide et à accéder à des soins.
Elle peut être externe ou interne.
- La stigmatisation externe est causée par les gens, les systèmes ou les organisations. Elle peut se manifester dans les politiques, les commentaires, les blagues ou les traitements injustes.
- La stigmatisation sociale se produit lorsque des idées préjudiciables se répandent dans une communauté. Elle peut faire en sorte que les gens se sentent isolés ou jugés.
- La stigmatisation institutionnelle se produit lorsque les règles ou les systèmes créent des obstacles à la prise en charge et à l’appui.
- La stigmatisation interne a lieu lorsque la personne commence à croire les messages négatifs qu’elle entend. Elle pourrait ressentir de la honte, s’attendre à être jugée et cesser de demander de l’aide.
Chaque type de stigmatisation peut rendre l’empoisonnement aux opioïdes plus dangereux.
Le fait d’utiliser un mot à la place d’un autre ne réglera pas la crise des opioïdes, mais cela peut permettre d’avoir des conversations plus sécuritaires à ce sujet. L’utilisation du terme « empoisonnement aux opioïdes » est l’occasion de rappeler l’importance des éléments suivants :
- Il s’agit d’une urgence sanitaire.
- La personne a besoin d’aide.
- L’intervention doit être rapide.
- La naloxone peut aider à renverser les effets d’un empoisonnement aux opioïdes.
- Il faut tout de même appeler le 911.
- Dire que la personne est responsable de ce qui lui arrive ne lui sauvera pas la vie.
Santé Canada recommande d’utiliser un langage bienveillant et empreint d’empathie plutôt que de critiquer la personne. Les gens sont également encouragés à dénoncer un langage non respectueux.
Vous n’avez pas besoin d’être une ou un spécialiste de la stigmatisation pour aborder le sujet. Vous pouvez commencer par poser des questions simples. Par exemple :
- Quels mots utilisons-nous pour parler de l’empoisonnement aux opioïdes?
- Ces mots peuvent-ils faire en sorte qu’une personne se sente jugée?
- Comment pouvons-nous nous exprimer avec plus de compassion?
- Qu’est-ce qui pourrait faire en sorte qu’une personne se sente en sécurité et appelle à l’aide?
- Comment pouvons-nous nous préparer à intervenir en cas d’urgence?
Dans un milieu de travail, ce type de conversation peut avoir lieu au cours d’une réunion de sécurité. Dans un milieu scolaire ou dans le cadre d’un programme jeunesse, le sujet peut être abordé au cours d’une séance de planification sur la santé et la sécurité. À la maison, cette discussion peut avoir lieu entre les membres de la famille, des adolescent(e)s ou des personnes proches aidantes. Au sein d’un groupe communautaire, les activités de planification de la préparation aux urgences peuvent être l’occasion d’en parler.
Il ne s’agit pas de culpabiliser les gens parce qu’ils n’ont pas utilisé les bons termes. Il s’agit d’apprendre ensemble.
Tout le monde a des préjugés; certains sont faciles à repérer, tandis que d’autres sont plus subtils. Prenez le temps de réfléchir à vos propres préjugés concernant l’utilisation des opioïdes. Posez-vous les questions suivantes :
- Quels sont les mots que j’utilise?
- Où les ai-je appris?
- Est-ce que je dis que les personnes sont responsables de leur consommation de substances?
- Est-ce que je prétends connaître l’histoire d’une personne?
- Les mots que j’utilise peuvent-ils faire en sorte qu’une personne se sente suffisamment en sécurité pour demander de l’aide?
Si ces questions vous mettent mal à l’aise, c’est tout à fait normal. Le plus important, c’est la volonté d’apprendre.
La consommation de substances varie selon la personne. Voici comment la Community Addictions Peer Support Association (CAPSA) décrit le spectre de la consommation de substances :
- Aucune utilisation : Aucune utilisation de substance.
- Bénéfique : Effets positifs sur la santé ou la vie sociale.
- Faible risque : Utilisation ayant des effets négligeables sur la santé et la vie sociale.
- Problème émergent : Utilisation qui a des conséquences négatives pour la personne, la famille et la communauté.
- Trouble lié à l’utilisation de substances : Condition médicale diagnosticable, des conséquences négatives ne changent pas le mode d’utilisation.
Le trouble lié à la consommation de substances est un problème de santé; il ne s’agit pas d’un échec moral. Les gens ont besoin de soutien, de compassion et de renseignements fiables. Ils doivent également être traités avec dignité.
Le choix des mots est important. Mais les paroles doivent s’accompagner de gestes concrets. Apprenez quoi faire lorsqu’une personne subit un empoisonnement aux opioïdes. La Croix-Rouge canadienne enseigne comment reconnaître ce type d’empoisonnement, intervenir avec assurance et administrer la naloxone.
Tout le monde peut suivre cette formation. Le cours Secourisme en cas d’empoisonnement aux opioïdes peut être utile pour les personnes et les groupes suivants :
- Milieux de travail
- Équipes de sécurité
- Équipes des ressources humaines
- Écoles
- Programmes destinés aux jeunes
- Parents et personnes proches aidantes
- Organismes communautaires
- Bénévoles
- Travailleur(-euse)s de proximité
- Personnel en contact avec la clientèle
- Personnes souhaitant apporter leur aide en cas d’urgence
Vous n’avez pas besoin de travailler dans le domaine de la santé pour suivre le cours de Secourisme en cas d’empoisonnement aux opioïdes.
Les mots peuvent sauver des vies
La façon dont nous parlons de l’empoisonnement aux opioïdes est importante. Lorsque nous utilisons un langage respectueux, nous contribuons à réduire le sentiment de honte. Les gens sont alors plus enclins à demander de l’aide, ce qui signifie que des vies peuvent être sauvées.
Utilisez des termes axés sur la personne, parlez « d’empoisonnement aux opioïdes » et non de « surdose » lorsque vous le pouvez. Exprimez-vous avec compassion et apprenez quoi faire en cas d’urgence.
Suivez le cours Secourisme en cas d’empoisonnement aux opioïdes de la Croix-Rouge canadienne. Apprenez comment agir en toute confiance. Découvrez comment vous procurer une trousse de naloxone.