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Histoires du terrain

En route vers chez Mme Console

par Louise Taylor, déléguée, Croix-Rouge canadienne

28 juillet 2010

Pour se rendre de Port-au-Prince à Léogâne, on emprunte la « Route des rails », une bande d’asphalte de deux mètres de large qui traverse Carrefour, un bidonville situé entre la capitale haïtienne et l’épicentre du séisme qui a dévasté des régions entières de l’île le 12 janvier dernier. On peut apercevoir des abris provisoires faits de bâches, de lattes de bois et recouverts de tôle le long de la route, occupant chaque centimètre carré disponible.

Alors qu’il nous présente le programme sur les abris, Tom Carnagie, coordonnateur, Abris, Croix-Rouge canadienne, fait une pause et regarde par la vitre de la voiture : « les conditions dans lesquelles les personnes vivent ici sont effroyables ».

Trouver le chemin qui mène à l’éradication de ces conditions impitoyables dans lesquelles vivent actuellement environ un million d’Haïtiens constitue le défi que doit relever la communauté internationale afin d’instaurer des conditions nécessaires au maintien d’une vie digne. Toutefois, le voyage vers une vie meilleure passe par l’épicentre du séisme et notre destination aujourd’hui est Léogâne.

Au total, plus de 90 % des infrastructures ont été détruites et 53 692 familles se retrouvent privées d’abris alors que la saison des ouragans bat son plein. Dépourvus de domicile ou de terrains sur lesquels bâtir un abri, les sinistrés sont exposés aux maladies, à la pauvreté et à la violence.

M. Carnagie, mon guide pour la journée, est l’un des 30 délégués déployés par la Croix-Rouge qui s’efforcent à offrir un abri adapté aux familles haïtiennes qui ont perdu leur maison dans la catastrophe. La Croix-Rouge canadienne vise à construire 7 500 abris destinés aux Haïtiens déplacés par le séisme – environ 4 000 à Léogâne et 3 500 à Jacmel. En outre, la Fédération internationale des Sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge recevra des fonds pour ériger 7 500 abris supplémentaires.

Avant le tremblement de terre, la majorité des habitants étaient locataires. En conséquence, après les « événements », le terme que les Haïtiens ne cessent d’utiliser en référence à cette journée funeste, la plupart des sinistrés ont été contraints à se déplacer à l’intérieur de leur pays, et se sont retrouvés sans toit légitime, ni terrain sur lequel dormir – encore moins sur lequel reconstruire leur vie.

De concert avec les autorités locales, la Croix-Rouge canadienne identifie des terrains sur lesquels les Haïtiens peuvent s’installer. Une entente est signée avec le propriétaire du terrain et un permis de construire est délivré. Ce dernier est valide pendant trois ans. En outre, les abris peuvent être déplacés vers un autre terrain, au besoin, offrant ainsi davantage de stabilité aux populations sinistrées.

Afin de saluer ces accomplissements, le 6 juillet dernier, une première cérémonie a été organisée au cours de laquelle un heureux propriétaire s’est vu remettre les clés de l’un des 22 abris déjà construits. Dans une nuée de rubans bleus et blancs, et en présence de Jean-Philippe Tizi, directeur, Opérations en Haïti, Croix-Rouge canadienne, de Paul Santos Alexis et de Paul Michelet, maires de Léogâne et de Gressier, et du Dr Camille, représentant, Croix-Rouge haïtienne, Gisèle Console a reçu les clés de son abri bleu, la couleur qu’elle a elle-même choisie. L’abri accueillera ses enfants et sa mère.

La chemin vers de meilleures conditions est semé d’embûches, mais pour la Croix-Rouge canadienne et les survivants de cette grande tragédie, c’est la seule route qui mène à la maison.