Billet de France Hurtubise, Croix-Rouge canadienne

Je suis reconnaissante d’avoir eu le privilège de retourner en République démocratique du Congo 24 ans après ma toute première mission avec la Croix-Rouge.

Cette dernière mission fut menée dans un contexte totalement différent de celle qui m’amena dans ce pays lors de mes débuts dans le monde humanitaire. En 1994, le pays faisait face à une catastrophe humaine, le génocide Rwandais. Aujourd’hui, il s’agit du virus Ebola, le virus mortel qui a fait des milliers de morts en Afrique de l’Ouest et qui se manifestait pour la 9e fois en RDC. 

France-DRC_sm.jpgLe 8 mai 2018, le gouvernement de la RDC a confirmé l’apparition d’une épidémie du virus Ebola dans la province de l'Equateur, dans le nord-ouest du pays.

Mbandaka, capitale de la province de l’Équateur en République démocratique du Congo, m’accueille pour une courte mission humanitaire de deux semaines. Coulant sur 1700 kilomètres de Kinshasa à Kisangani en passant par Mbandaka, le fleuve Congo est synonyme de survie. À bord de leur pirogue, les fermiers vendent leurs produits au marché et aux barges rencontrées sur leur chemin. Mbandaka, ville de plus d’un million d’habitants est l’un des lieux où des cas le la maladie virale Ébola ont été diagnostiqués il y a plus d’un mois.

Un petit avion des Nations-Unies nous a déposés à midi sur une courte piste dans une chaleur de 40 degrés. Il y a moi de la Fédération internationale des sociétés de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge, d’autres humanitaires étrangers -  des mundeles, des hommes blancs – plusieurs collègues congolais, ainsi que le ministre de la Santé en mission de reconnaissance. Il vient prendre le pouls de la situation, mais aussi constater l’exécution d’un mandat qu’il a confié en exclusivité à la Croix-Rouge congolaise.

En après-midi j’assiste à une séance de formation à ce sujet : comment dire adieu à une victime de l’Ébola d’une façon qui soit à la fois digne et sécuritaire. Le virus Ébola se transmet par les sécrétions et liquides corporels ; chaque victime peut contaminer 30 autres personnes. Traditionnellement, les proches lavent le corps de leurs mains nues pour son entrée dans l’au-delà. Cette pratique funéraire  représente un grave danger pour la transmission de la maladie.

Le travail de la Croix-Rouge consiste à convaincre les gens qu’il y a des situations où il faut changer leurs habitudes et suivre le protocole adopté par l’OMS : porter un vêtement de protection individuel, et désinfecter le corps, la maison, les objets familiers.

Alors que j’attends le vol de l’ONU qui m’emmènera vers l’un des villages où des cas potentiels ont été identifiés, des souvenirs se bousculent dans ma tête.  Au lendemain du génocide rwandais, je vivais tout près d’un camp de réfugiés à la frontière Est du Congo, qui se nommait Zaïre à l’époque. Quatre ans plus tard, alors que je travaillais pour le CICR, je revenais à Kinshasa pour couvrir les conflits internes. L’avion se pose et referme la boucle. Tikala malamu ! (Au revoir en Lingala)

Depuis le 6 juin, il n’y a eu aucun nouveau cas du virus Ebola dans cette région. Le 28 juin, les derniers contacts directs (les gens qui avaient été en contact avec le dernier cas confirmé d'Ebola) ont complété leur période d'incubation de 21 jours sans aucun signe d'infection. Cette étape importante marque le début d'une dernière période d'incubation de 21 jours à observer dans tout le pays. Si aucun nouveau cas du virus n’apparaît au cours de cette période, l'épidémie sera considérée terminée.

Mise à jour du 2 août 2018 : Pour la deuxième fois depuis quelques mois, le virus Ebola est à nouveau une préoccupation en RDC. Si le virus est confirmé, il s’agirait de la 10ème épidémie d'Ebola qui éclate dans des communautés déjà très vulnérables.