Résumé des chapitres
Première partie: Vers une aide plus éthique
Chapitre 1 - L'éthique humanitaire lors des catastrophes et des guerres
Cette année, le Rapport sur les catastrophes dans le monde insiste sur la dangereuse politisation de l'aide humanitaire. Des millions de personnes parmi les plus vulnérables du monde sont hors d'atteinte de l'assistance et de la protection humanitaires. Il ne suffit pas de sauver des vies. Encore faut-il respecter la dignité et le mode d'existence des populations touchées. Les organisations humanitaires sont investies d'une double responsabilité: d'une part, elles doivent traduire en actes les principes humanitaires et à cet effet, établir des indicateurs de terrain qui leur permettront de passer des principes à l'action et de propager les bonnes pratiques en matière d'évaluation de l'aide humanitaire. D'autre part, elles doivent promouvoir les principes humanitaires auprès d'autres acteurs, appuyer les associations locales qui défendent ces principes et inviter les donateurs, l'ONU, les gouvernements hôtes, le secteur privé et les unités d'intervention civiles et militaires à signer le Code de conduite pour le Mouvement international de la Croix-Rouge et du Croissant-Rouge et pour les ONG lors des opérations de secours en cas de catastrophe.
Chapitre 2 – Le renforcement des capacités - la dimension éthique
Dans les situations de catastrophe, les populations locales connaissent, bien mieux que les organisations extérieures, la nature exacte de leurs besoins et l'étendue de leurs capacités. Si les institutions externes ont un rôle à jouer, ce doit être celui d'améliorer la capacité des intervenants locaux à prendre eux-mêmes les décisions qui auront des effets sur leur existence. Beaucoup diront que les organisations externes portent la responsabilité morale de traiter les causes premières de la vulnérabilité lorsque surviennent les catastrophes. Mais combattre la pauvreté, la marginalisation ou les erreurs d'orientation du développement, suppose une remise en cause des structures de pouvoir locales. Quelle est l'étendue exacte de la responsabilité des organisations humanitaires ? Il faut des années pour instaurer des changements sociaux durables ; les organisations doivent fournir une appréciation honnête des résultats qu'elles peuvent obtenir, compte tenu du contexte et des ressources disponibles.
Chapitre 3 - L'Afrique australe en proie à la famine
Les premiers signes avant-coureurs d'une crise latente en Afrique australe étaient déjà visibles vers le milieu de l'année 2001, mais sur les trois systèmes de repérage des vulnérabilités utilisés, un seul (celui du Save the Children Fund [SCF]) permet d'analyser l'accès des personnes vulnérables à l'alimentation et le rôle que jouent les biens des ménages pour surmonter les conséquences de la sécheresse ou des inondations. À la fin 2001, le SCF a annoncé que la crise alimentaire au Malawi était d'ampleur nationale, mais il a été accusé d'exagération, jusqu'au moment où il a fait savoir que la malnutrition avait doublé dans certaines zones pour atteindre 19 %. À mi-parcours de l'année 2002, plus de 1 000 personnes étaient déjà mortes au Malawi, des suites de la famine et du choléra. Ces décès auraient pu être évités. Pour empêcher de nouvelles famines à l'avenir, il est vital de renforcer la sécurité alimentaire nationale et les systèmes d'observation des moyens de subsistance, et d'améliorer la coordination des donateurs par la mise en commun des informations d'alerte.
Chapitre 4 – Afghanistan – politique de force ou principes éthiques
Lorsque les forces de la coalition ont commencé à bombarder l'Afghanistan, les principaux dirigeants de la planète s'étaient engagés à ne pas repartir sans avoir aidé à la reconstruction du pays. Mais les Afghans attendent encore. En proie à une insécurité chronique et sous la férule des seigneurs de guerre, le pays aura du mal à progresser vers un gouvernement pleinement représentatif et une réelle reconstruction. Il s'agit là de problèmes qui exigent un engagement politique durable et qui ne sauraient être résolus par l'aide humanitaire. Ce chapitre analyse également la thèse selon laquelle l'action en faveur des droits de l'homme en Afghanistan est sacrifiée au nom de la stabilité à court terme.
Chapitre 5 - Les migrations forcées - une catastrophe oubliée ?
Plus de 175 millions d'hommes et de femmes vivent à présent hors du pays où ils sont nés - soit deux fois plus qu'en 1975. Beaucoup sont des migrants économiques, qui tentent de fuir la pauvreté et la misère. Ces personnes contribuent de manière importante au développement de leur pays d'origine par leurs envois de fonds : ce sont ainsi près de 80 milliards de dollars qui partent chaque année à destination des pays en développement (par comparaison, l'aide mondiale représente 50 milliards de dollars). Mais si beaucoup ont librement choisi d'émigrer, des dizaines de millions d'autres sont contraints de fuir les périls qui les guettent sans pouvoir quitter leur pays. Dans une large mesure privés de la protection des lois et des institutions internationales, ces hommes et ces femmes sont les victimes d'une catastrophe oubliée.
Chapitre 6 - Mesurer l'impact de l'aide humanitaire
Une organisation responsable est une organisation qui connaît et fait connaître les résultats de ses interventions. Mais les méthodes utilisées pour mesurer l'impact sont trop souvent centrées sur « le rendement » - combien de tonnes d'aide alimentaire ou de couvertures ont été distribuées, combien de mètres cubes d'eau ont été fournis, et combien a-t-on dépensé pour chaque personne secourue. Ce sont de simples chiffres qui ne donnent pas une image détaillée des effets de l'aide apportée; ils ne permettent pas de savoir si des vies ont pu être sauvées, si la santé et la nutrition se sont améliorées, si l'argent a été bien utilisé - ils ne nous disent pas non plus si les résultats sont directement liés à l'assistance ou si d'autres facteurs ont également joué un rôle. Pour bien évaluer les résultats de l'aide humanitaire, de nombreux écueils - techniques et éthiques doivent être surmontés.
Deuxième partie - Le système: méthodes et repères
Chapitre 7 – Prendre la mesure des catastrophes: défis, possibilités et éthique
Combien de morts et de sinistrés les catastrophes font-elles chaque année dans le monde ? Où et quand les catastrophes se produisent-elles ? Quelle est la cause des pertes? La réponse à ces questions simples est cependant vitale pour une prise de décision éclairée. L'aide humanitaire tend à se concentrer sur les conflits qui ont un grand retentissement médiatique, et elle est nettement plus réduite lorsqu'il s'agit de crises dont on parle peu ou de moindre importance stratégique. Il n’existe pas de données de qualité sur toutes les catastrophes, notamment les guerres et les famines. Sans ces informations, des milliers de personnes périssent avant même que les organisations humanitaires n’aient connaissance de leurs besoins. Des renseignements inexacts risquent, en faussant le processus décisionnel, d’être coûteux en vies humaines ou d’entraîner le gaspillage de ressources rares. Faute d’évaluation exacte des besoins globaux, nul n’est à même de juger de la totale impartialité des dépenses humanitaires.
Chapitre 8 - Les catastrophes en chiffres : tendances et statistiques
Le nombre des catastrophes recensées l’année dernière est le plus élevé jamais enregistré pour une année au cours de la décennie écoulée. En 2002, les catastrophes semblent avoir été, heureusement, moins meurtrières que les années précédentes : 24 500 personnes y auraient perdu la vie, alors que la moyenne annuelle de la décennie s’établit à 62 000 morts. Leurs conséquences n’ont cependant jamais été aussi lourdes. Les catastrophes ont fait 608 millions de sinistrés ; ce chiffre astronomique représente trois fois la moyenne annuelle de la période comprise entre 1992 et 2001. Rien qu’en Inde, la sécheresse a frappé 300 millions de personnes en 2002. Et ces chiffres ne prennent même pas en compte les victimes des guerres, des famines ou des maladies liées aux conflits. Il n’existe tout simplement pas de données mondiales fiables sur ces crises complexes. Toutefois, certaines études de la mortalité au Soudan et en République démocratique du Congo font ressortir des taux au regard desquels les chiffres figurant dans les tableaux ci-après paraissent dérisoires. Les catastrophes continuent de frapper les pays les plus pauvres et les moins développés de la planète. Six pour cent seulement des morts recensés en 2002 vivaient dans des pays à fort développement humain.

