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Réflexions d'un travailleur de la Croix-Rouge canadienne en Iraq

Vatche Arslanian d'Oromocto, au Nouveau-Brunswick, a travaillé en Iraq à titre de logisticien principal avec le Comité international de la Croix-Rouge (CICR) de juillet 2001 jusqu'à sa mort tragique en avril 2003. Vous trouverez ci-dessous la transcription d'une entrevue qu'il a accordée en janvier 2003.

En quoi consiste votre travail en Iraq?

Je gère le travail de 40 personnes et je suis responsable de 65 véhicules, de 55 génératrices et de cinq entrepôts. Je soutiens des programmes humanitaires importants principalement axés sur la réfection des systèmes d'eau et d'assainissement, l'orthopédie, la santé et les secours. Je soutiens aussi les opérations internes de la délégation du CICR en Iraq en fournissant le transport, l'entretien des véhicules et des génératrices ainsi que les services d'approvisionnement et d'entreposage.

Vatche Arslanian (en haut à gauche) lors d'une réunion en Iraq
Vatche Arslanian (en haut à gauche) lors d'une réunion en Iraq
Décrivez une journée de travail normale.

Chaque journée est unique. Généralement, le travail débute vers 7 h, car je suis matinal, et se termine vers 18 h.

J'entreprends la journée en consultant les messages internes et en assignant des tâches à chaque section du service de logistique. À 8 h, nous tenons une réunion du personnel pour discuter des activités de la journée et les planifier.  Puis, je communique avec les coordonnateurs de programme pour assurer le suivi. Je rencontre régulièrement les chefs de section, Opérations, pour offrir une orientation sur diverses questions de logistique. Je visite aussi les ateliers et les entrepôts. Je communique avec la base de soutien logistique du CICR à Amman, en Jordanie, pour coordonner les navettes, les transporteurs de marchandises et l'arrivée des chargements en attente. En raison des sanctions, tous les produits importés en Iraq doivent transiter par la Jordanie.

D'autres réunions m'attendent dans l'après-midi. Je communique avec le siège social du CICR à Genève, en Suisse, pour traiter les questions à venir et obtenir des directives. Je rencontre parfois des représentants du ministère des Affaires étrangères de l'Iraq.

Vous déplacez-vous dans le pays?

Je me déplace régulièrement en Iraq puisque nous avons des sous-délégations à Bassora (à 520 km au sud-est de Bagdad) et à Arbil (à 400 km au nord de Bagdad), ainsi que deux autres bureaux dans le nord, à Dohuk et à Sulaymaniyah. Je dois parfois me rendre à Amman, en Jordanie.

Décrivez votre travail et l'aide que vous avez apportée à la population iraquienne.

Je peux décrire mon travail en deux mots : stimulant et enrichissant.

Nous devons relever de nombreux défis. Par exemple, la température peut parfois atteindre entre 55 et 60 ºC en été. Nous devons parcourir de longues distances et obtenir l'autorisation du Comité des sanctions de l'ONU avant d'importer tout produit, sauf des médicaments. L'approvisionnement prend beaucoup de temps, car on ne peut trouver tous les produits et le matériel nécessaires, en raison des sanctions. La possibilité d'une guerre a un impact considérable. Au cours des derniers mois, cette idée a beaucoup inquiété les Iraquiens, ce qui se reflète dans tous les aspects de la vie. Il est extrêmement important de faire preuve d'une grande patience, de souplesse et d'optimisme.

La grande satisfaction qu'on ressent en aidant à redonner le sourire ou à rendre la dignité à un être humain est enrichissante. C'est la plus grande récompense qui soit; la richesse, la puissance ou le prestige ne peuvent s'y comparer.

Décrivez l'une de vos expériences les plus enrichissantes en Iraq.

En janvier 2002, nous avons aidé à rapatrier 700 prisonniers de guerre iraquiens détenus en Iran. Je n'oublierai jamais cette expérience, c'était touchant, très émouvant, mais extrêmement satisfaisant. Le CICR a été le premier contact avec une nouvelle vie pour ces personnes qui ont été emprisonnées entre 12 et 20 ans. 

Décrivez la délégation du CICR en Iraq et les gens avec qui vous travaillez étroitement.

Il s'agit d'une délégation de taille moyenne, composée de 35 expatriés et de 365 membres du personnel iraquiens. Dix-huit expatriés travaillent à Bagdad, trois à Bassora et 14 sont dans le Nord. Ils viennent de Suisse, d'Allemagne, de Norvège, de France, de Grèce, du Canada, d'Autriche, du Liban, des Pays-Bas, d'Australie et d'Irlande. Ces personnes viennent de tous les milieux, représentent différents groupes d'âge, ont des antécédents professionnels variés et possèdent une riche expérience.

Les membres de la délégation s'entendent très bien. Notre camaraderie est unique et nous nous soutenons. Les amitiés nouées ici dureront pour toujours. Nous partageons le privilège de faire un travail satisfaisant.

À quoi ressemble votre environnement? Quelles sont les conditions de travail en Iraq?

Présentement, l'atmosphère est tendue, ce qui est compréhensible en raison des circonstances. Au cours des cinq derniers mois, nous avons élaboré des plans d'urgence, en plus d'offrir les programmes usuels du CICR en Iraq. Nous travaillons très fort pour nous assurer que quoi qu'il advienne, nous serons prêts à remplir la mission du CICR qui consiste à alléger la souffrance des victimes de la guerre.

Les Iraquiens sont très amicaux, généreux et polis. La population et les autorités apprécient et respectent le CICR. Les membres du personnel iraquiens sont hautement qualifiés et certains d'entre eux travaillent avec le CICR depuis de nombreuses années. 

La vie à Bagdad est intéressante; c'est une ville très ancienne ayant beaucoup d'histoire.

Avez-vous d'autres commentaires ou réflexions?

Depuis mon arrivée en Iraq, en juillet 2001, j'apprécie mon travail et la camaraderie avec mes collègues.

Je suis persuadé que la Croix-Rouge fait une différence en Iraq. C'est très satisfaisant de savoir que la Croix-Rouge allège la souffrance de nombreuses personnes vulnérables, victimes des effets de deux guerres et de 11 années de sanctions économiques. Depuis le début des années 1980, la monnaie iraquienne a été dépréciée de 600 %; ainsi, la majorité de la population a énormément de difficultés à acheter les biens de première nécessité.

Ému par la force de l'esprit humain et motivé par la différence que fait la Croix-Rouge dans la vie des gens, Vatche Arslanian est devenu délégué de la Croix-Rouge canadienne.

M. Arslanian est originaire d'Oromocto, au Nouveau-Brunswick. Après une carrière dans l'armée, il a été conseiller municipal et adjoint au maire pendant une courte période. M. Arslanian fait du bénévolat à la Croix-Rouge depuis 1991. Il a participé aux programmes de financement et de secours lorsque 1 000 réfugiés kosovars ont été hébergés à la base des Forces canadiennes de Gagetown, au Nouveau-Brunswick, en 1999. 

Vatche Arslanian with a Red Cross beneficiary in Georgia, September 2000
Vatche Arslanian avec un bénéficiaire de la Croix-Rouge en Géorgie, en septembre 2000.

En 2000, M. Arslanian a participé à sa première mission à l'étranger avec le CICR, en Géorgie (une ancienne république soviétique). À titre de logisticien principal, il gérait le travail de 43 membres du personnel local et les opérations permettant la distribution de 5 000 tonnes de secours chaque mois. 

M. Arslanian a effectué sa seconde mission avec le CICR de juillet 2001 à avril 2003, à titre de logisticien principal à Bagdad, en Iraq.

Visitez la section Aide humanitaire en Iraq pour obtenir de plus amples renseignements ou pour faire un don.