Accueil | English | Carrières | Contactez-nous | Salle des nouvelles | Faites un don!

Faits et chiffres

2005 : des dons record, mais des millions de sinistrés toujours négligés

En 2005, les gouvernements occidentaux ont alloué plus de 12 milliards de dollars américains à l’aide humanitaire, le montant le plus élevé depuis les premières statistiques de 1970 (chiffres provisoires, Comité d’aide au développement (CAD) de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE), Development Initiatives - DI).

Les dons individuels consécutifs au tsunami se sont quant à eux chiffrés à plus de 5,5 milliards de dollars, soit plus que les ONG du monde entier n’avaient jamais collecté en un an. Au total, l’aide aux sinistrés du tsunami de l’océan Indien s’est élevée à plus de 14 milliards de dollars (DI)

Le tsunami a été la catastrophe la mieux financée, avec au moins 1241 dollars d’aide humanitaire par bénéficiaire, soit 50 fois plus que les catastrophes les moins bien financées. Les appels d’urgence pour le Tchad, la Guyane, la Côte d’Ivoire, le Malawi et le Niger, par exemple, ont recueilli en moyenne moins de 27 dollars par bénéficiaire (UN FTS).

L’aide demeure très inégalement répartie. Les appels pour la République du Congo, Djibouti et la République centrafricaine, notamment, ont été financés à moins de 40 pour cent en moyenne, alors que l’appel tsunami a été couvert à 475 pour cent et celui pour le séisme en Asie du Sud à 196 pour cent (UN FTS).

La couverture médiatique influence le public et les politiciens. La couverture des appels des Nations Unies reflète étroitement la couverture médiatique, l’aide humanitaire globale par bénéficiaire décroissant en fonction de l’attention des médias (analyse du Rapport sur les catastrophes dans le monde 2006)

La couverture médiatique est elle aussi très inégale. L’ouragan Katrina, qui a frappé en août 2005 la côte des États-Unis sur le golfe du Mexique, a fait moins de morts (environ 1300) mais a bénéficié dans les organes de presse occidentaux d’une couverture médiatique 40 fois plus élevée (1035 articles) que celle de l’ouragan Stan (25 articles), qui a fait plus de 1600 morts au Guatemala. (CARMA International)

En 2005, les catastrophes ont fait 99 435 morts dont 84 pour cent ont péri lors du séisme d’octobre en Asie du Sud. Le nombre des inondations a augmenté de 50 pour cent par rapport à l’année précédente. Les catastrophes naturelles de 2005 ont affecté 161 millions de personnes et coûté quelque 160 milliards de dollars, soit plus du double de la moyenne sur dix ans. Cela a été dû principalement à l’ouragan Katrina, qui a causé à lui seul les trois quarts de ces dommages. Entre 1996 et 2005, les catastrophes ont fait plus de 934 000 morts, soit près du double du bilan des dix années précédentes, et affecté au total environ 2,5 milliards d’individus à travers le monde entier (EM-DAT).

Les sources de financement de l’assistance autres que les gouvernements et les populations des pays occidentaux jouent un rôle de plus en plus important. 

Explosion des migrations maritimes clandestines vers les Canaries et les îles de la Méditerranée

Le nombre des migrants qui arrivent par bateau dans les Îles Canaries (Espagne) a explosé, passant de 4715 en 2005 à 10 896 pour les seuls six premiers mois de 2006. Sur les petites îles italiennes de Lampedusa et de Linosa, il a presque doublé durant la même période (Gouvernement espagnol, Croix‑Rouge espagnole, Médecins sans frontières).

On estime que quelque 2000 migrants clandestins se noient chaque année en Méditerranée et dans les mers et océans adjacents en tentant de gagner le territoire de l’Union européenne; toutefois, aucune agence n’effectue de compilation systématique de ces données au niveau régional (Michael Pugh, professeur à l’Université de Bradford).

L’ouragan Stan exacerbe la vulnérabilité du Guatemala

Les pluies torrentielles qui ont accompagné l’ouragan Stan ont affecté 1156 communautés du Guatemala, soit plus d’un tiers du territoire. Les régions les plus durement touchées sont habitées principalement par des communautés indigènes vivant dans l’extrême pauvreté (CONRED, agence nationale de prévention des catastrophes).

Sur les quelque 5000 communautés rurales très disséminées que comptent les hauts plateaux occidentaux, environ 60 pour cent sont établies sur les versants de montagnes et au moins 20 pour cent sont très fortement exposées aux catastrophes naturelles (Jacobo Dardon et Cecilia Morales, Mouvement Tzuk Kim-Pop).

De 1988 à 2000, DesInventar a recensé 2949 sinistres (catastrophes naturelles, accidents technologiques, crises sanitaires) au Guatemala. Le nombre moyen des événements a doublé, passant de 130 par an entre 1988 et 1995 à 275 par an entre 1996 et 2000. La plupart n’ont pas été pris en compte dans les statistiques officielles et les personnes affectées n’ont reçu qu’une assistance très limitée (Base de données DesInventar).

Au Guatemala, la criminalité constitue le principal souci des habitants. Les homicides ont augmenté dans des proportions effarantes, passant de 3230 en 2001 à 5338 en 2005. Au cours des cinq dernières années, la violence a fait autant de morts que le grand tremblement de terre de 1976. Le taux d’homicides à Guatemala City (109/100 000 habitants) est sans commune mesure avec la moyenne mondiale de 8,8/100 000 habitants (Police civile nationale, PNUD, OMS).

Les travailleurs expatriés ont envoyé près de 413 millions de dollars américains dans les régions du Guatemala sinistrées par l’ouragan Stan en 2005, soit vingt fois plus que l’appel des Nations Unies n’avait recueilli au début décembre (OIM).

L’aide alimentaire d’urgence au Malawi ne résout pas l’insécurité alimentaire chronique

En 2004-2005, la production de maïs, principale culture de subsistance du Malawi, est tombée à 55 pour cent des 2,1 millions de tonnes annuelles nécessaires pour garantir l’approvisionnement du pays (Famine Early Warning Systems Network).

En 2005, la moitié des enfants du Malawi souffrait d’étiolement, un tiers affichait un déficit pondéral et 50 000 souffraient de malnutrition sévère (Mary Shawa, responsable gouvernementale du VIH/sida et de la nutrition).

L’appel d’urgence des Nations Unies a recueilli trois quarts de l’aide alimentaire sollicitée, mais seulement un cinquième des fonds requis pour le relèvement agricole (UN FTS).

Pour chaque dollar d’aide reçu durant la crise alimentaire de 2005, le Malawi a payé un dollar au titre du remboursement de la dette (UN FTS, Reserve Bank of Malawi).

La vulnérabilité des femmes est négligée

A l’époque du séisme en Asie du Sud, on estime que quelque 17 000 Pakistanaises étaient sur le point d’accoucher. Environ 1200 connaîtraient des complications et 400 auraient besoin d’interventions chirurgicales. Or, le personnel médical féminin faisait cruellement défaut (UNFPA).  

Au Népal, 5000 à 6000 femmes meurent chaque année en couches. Cette mortalité, qui équivaut à un décès toutes les 90 minutes, fait du Népal l’un des pays du monde où l’accouchement présente le plus de risques (Ministère népalais de la santé et de la population, Nations Unies).

Au Népal, 95 pour cent des femmes confrontées à des complications obstétriques sont privées de soins d’urgence (UNICEF).

Les bébés sans mère sont exposés à un risque accru de mortalité. Au Népal, ils sont près de 30 000 à décéder chaque année durant le premier mois de leur existence (Nepal Demographic Health Survey 2001).  

Au Népal, la mortalité maternelle et néonatale a fait environ 25 fois plus de victimes que le conflit interne depuis 1996 (analyse du Rapport sur les catastrophes dans le monde).

14 décembre 2006