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L’aide arrive aux Gonaïves inondées

28 septembre 2004
par Suzanne Charest, Croix-Rouge canadienne, et Marko Kokic aux Gonaïves

Haiti
Photo: Suzanne Charest,
Croix-Rouge canadienne
En approchant des Gonaïves, qui sont entourées d’une chaîne de montagnes déboisées, on se retrouve soudainement devant un immense lac. De grands cactus décharnés et d’autres plantes poussant ordinairement dans les déserts émergent du plan d’eau d’un mètre de profondeur qui n’existait pas avant les pluies torrentielles accompagnant le passage de la tempête tropicale Jeanne sur le Nord d’Haïti, le 18 septembre.

Cette ville du Nord d’Haïti et les régions avoisinantes ont été dévastées par des inondations et la majorité des 200 000 habitants sont sinistrés. Pratiquement tous les résidants ont un besoin pressant de nourriture, d’eau et d’abris.

Alors que la saison des pluies bat son plein, certaines familles ont eu la chance de pouvoir se construire un abri de fortune sur le toit de leur résidence à l’aide d’une simple bâche en plastique soutenue par des branches. 

Selon les derniers bilans, Jeanne a fait plus de 1 600 morts et des centaines de personnes sont portées disparues.

En février dernier, les Gonaïves ont été le théâtre de la violence politique qui a secoué Haïti. À ce moment-là, les infrastructures ont été détruites en grande partie, y compris l’Hôpital de la Providence, le principal hôpital général de la ville.

En mars, une équipe du Comité international de la Croix-Rouge (CICR) soutenue par la Croix-Rouge de Norvège a pu reconstruire l’hôpital pour le rendre de nouveau opérationnel.

Aujourd’hui, presque toutes les pièces de l’hôpital de Providence sont inondées par au moins deux mètres d’eau. Des corps dans des housses mortuaires sont empilés dans la cour, rappelant les horreurs causées par le sinistre.

Erica Baumann et Daniel Rubens, deux intervenants de secours du CICR, se tiennent dans la cour, couverts de boue, par une chaleur accablante. Au cours des deux derniers jours, ils ont réussi à y amener plus de 150 corps pour que des proches éplorés puissent les réclamer ou pour les enterrer dans des fausses communes.

« Nous avons terminé ce dur travail qu’il fallait absolument faire pour assurer la dignité des victimes », a déclaré M. Baumann, grimaçant tout en épongeant la sueur perlant sur son front.

Depuis le début de la crise, les bénévoles de la Croix-Rouge haïtienne participent aux activités de sauvetage et de secourisme, indiquant aux gens où trouver un abri et comment s’y rendre en plus de transporter les blessés vers les établissements sanitaires disponibles.

Malgré la puanteur régnant dans la cour, Yves-Jacques Toussin, âgé de 47 ans, est assis sur un banc de ciment, regardant droit devant lui d’un air absent. « Plusieurs mètres d’eau ont envahi notre maison, a-t-il dit. Beaucoup de mes proches et de mes amis sont morts. Maintenant, nous sommes affamés et très fatigués. »

Haiti
Photo: Marko Kokic
Henri Obenson, âgé de 24 ans, essaie de balayer l’eau du rez-de-chaussée de sa maison. « J’utilise une simple pelle pour faire sortir le plus d’eau possible, mais en vain », a-t-il déclaré.

Sa mère affolée, l’interrompt en créole : « Nous avons tout perdu, même nos moyens de subsistance, lorsque trois mètres d’eau ont englouti notre maison. Nous ignorons où nous adresser pour obtenir de l’aide. »

On est très préoccupé par l’eau boueuse qui inonde encore les rues et en particulier par le fait que la majorité de la population n’a pas accès à de l’eau potable. À la suite d’une évaluation préliminaire, la Fédération a envoyé une Unité d’intervention d’urgence spécialisée en eau et assainissement, qui vient d’arriver aux Gonaïves.

Gérée conjointement par les Croix‑Rouge française et espagnole, l’équipe établira une station de traitement d’eau qui sera bientôt en mesure de fournir de l’eau à 50 000 résidants assoiffés. 

Au cours des derniers jours, les Sociétés nationales de la Croix-Rouge du Canada, de la France, de l’Espagne et de la Suisse ont envoyé sept avions-cargos chargés d’articles de secours dont le besoin est pressant comme des bâches en plastique, des couvertures, des vivres, des articles d’hygiène, des ustensiles de cuisine et des poêles pour la cuisine.

Étant donné la quantité de secours arrivant en Haïti, la Fédération a envoyé une Unité d’intervention d’urgence en logistique, elle aussi gérée conjointement par les Croix‑Rouge française et espagnole, pour faciliter le réceptionnage, l’entreposage et la distribution des secours.

La Fédération a déployé une équipe d’évaluation sur le terrain; à bord d’un hélicoptère, l’équipe évaluera depuis les airs les dommages causés par la tempête et les inondations à l’extérieur des Gonaïves.

« L’objectif de cette opération est d’évaluer rapidement les besoins à l’extérieur des Gonaïves, puis d’assurer une intervention immédiate », a expliqué Roger Bracke, chef de l’équipe d’évaluation.

« Nous sommes préoccupés par le fait que des villes et des villages à l’extérieur des Gonaïves ont également été éprouvés, mais qu’ils ont reçu peu ou pas d’aide. Selon notre évaluation, on pourrait distribuer une partie importante des secours dans ces régions. Nous poursuivrons des distributions supplémentaires aux Gonaïves par l’entremise de la Croix-Rouge haïtienne », a-t-il ajouté.

Juste à l’extérieur des Gonaïves, des familles traversent tristement la rivière pour fuir la ville. Se tenant par la main d’une manière émouvante, ces sinistrés avancent lentement dans l’eau qui leur monte jusqu’aux cuisses. La majorité d’entre eux ont peu d’effets personnels, voire rien, à emporter.

Une lueur d’espoir jaillit à l’arrivée d’un convoi de six camions de la Croix-Rouge haïtienne transportant des tonnes de riz, de fèves, d’huile à friture et de bonbons en direction des Gonaïves.

Deux des camions s’immobilisent dans l’eau, incapables d’avancer. Les travailleurs humanitaires devront relever beaucoup d’autres défis de ce genre dans l’une des villes les plus pauvres du pays le plus pauvre de l’hémisphère occidental.